10 mai 2008
Eteindre l'Esprit?
En ces jours de repos prolongé... avec Maurice Zundel essayons d'avancer sur la compréhension de l'Esprit Saint.
Je est un autre p 46-49 MauriceZundel
« Rien n’empêche d’admettre, dans cette perspective, que le Dieu intérieur, caché en nous, soit aussi le Dieu créateur, mais d’un univers qui, pour l’essentiel, n’est pas encore, d’un univers qui n’a pas encore atteint ses vraies dimensions, d’un univers jusqu’ici embryonnaire et qui ne pourra s’achever, en avant de nous, que si l’homme et les autres créatures douées d’intelligence, où qu’elles se trouvent (dans ce même univers), accomplissent leur vocation et ferment l’anneau d’or des fiançailles éternelles, en disant oui au Oui éternel qui est Dieu même.
Le Dieu intérieur, le Dieu sensible au cœur comme dit Pascal, est le seul vrai Dieu. Rien ne s’oppose à ce qu’il soit le créateur de tout l’univers, à condition de voir dans la création une histoire à deux, qui ne peut s’achever sans le concours des créatures intelligentes, parce que le sens même de l’univers est l’Amour. Et là où il y a refus, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert.
C’est pourquoi, finalement, la seule réponse adéquate au scandale du mal, c’est l’agonie et la crucifixion de Jésus Christ. C’est en lui, en effet, que s’exprime, comme un sacrement visible, cette mystérieuse fragilité de Dieu, qui est certes tout-puissant dans l’ordre de l’amour, qui peut tout ce que peut l’amour, mais qui ne peut rien de ce que ne peut l’amour. Il ne peut donc jamais nous contraindre, nous humilier, nous blesser, nous rejeter.
Il ne peut être, encore une fois, qu’un don éternellement offert. Et s’il en est ainsi, on peut concevoir que Dieu soit la première victime du mal. On peut même dire que plus le mal est scandaleux, plus il apparaît que Dieu est la première victime du mal.
Aussi bien, si l’on peut estimer, avec Malraux, que déshonorer l’homme et bafouer son inviolabilité est, dans la réalité de notre histoire, la pire agression et le mal absolu, c’est dans la mesure où l’on pressent que l’homme est le sanctuaire d’une Présence infinie, qui consacre sa dignité et fonde son inviolabilité.
Si le respect de l’homme doit s’imposer en nous, en effet, c’est précisément parce que, dans notre expérience, le destin de l’homme est inséparable du destin de Dieu : le règne de Dieu ne pouvant se réaliser concrètement que par le rayonnement de la Présence
Et c’est pourquoi il est vrai de dire qu’il n’y aurait pas de mal finalement, pas de mal absolu en tout cas, sans Dieu. C’est parce que Dieu est que le mal peut avoir ce visage monstrueux, insoutenable et scandaleux comme le viol d’une Valeur infinie. Aussi bien voyons-nous qu’à travers toutes les douleurs humaines, à travers les maladies, la folie, la mort même, la vie peut se récupérer et s’éclairer dans le rayonnement de l’amour, et il arrive en effet que ce soient précisément les infirmes, les être voués à la souffrance, qui donnent à la vie son visage le plus noble et le plus beau.
Mais lorsque la perversité triomphe, lorsque l’homme se déshonore ou déshonore les autres, en méprisant en soi ou en eux cette dignité incommensurable que lui communique la Présence
C’est sans doute la prise de conscience de cette identification de l’homme avec Dieu et de Dieu avec l’homme qui a provoqué dans une tradition mystique et liturgique du christianisme, une attitude de compassion envers Dieu : saint François d’Assise a pleuré près de vingt ans sur la Passion
Comment le comprendre, si ce plus parfait des chrétiens n’avait pas éprouvé que Dieu est victime en nous, par nous, pour nous ? Rien ne me paraît plus émouvant que cette ligne de spiritualité qui perçoit dans le mal, dans tout mal, une souffrance divine et qui s’efforce d’y remédier par un attachement d’autant plus grand à Dieu et à l’homme solidaire de Dieu. Aussi bien, qui a été plus compatissant que saint François pour les hommes, pour les animaux, pour toute la création, qui en a plus fraternellement ressenti la douleur, qui en a mieux chanté la résurrection ? Il n’y a aucun doute que cette méditation, aussi sommaire qu’elle soit, du mystère du mal nous amène à découvrir plus profondément le Dieu intérieur qui est la Vie
Le mal, comme le bien, a finalement une mesure infinie dont la croix est le symbole, la croix qui nous révèle l’immensité de la vie humaine, mesurée à la vie même de Dieu, immolée, pour elle. Comment ne pas comprendre, en face de la croix, que Dieu nous appelle à être des créateurs, qu’il ne peut, sans nous, transparaître dans notre histoire, que la création de l’univers est une histoire à deux, une histoire d’amour, qui ne peut s’achever que si nous achevons en nous notre propre création, en entrant pleinement dans le mariage d’amour qu’il veut contracter en nous.
En dehors de tout cri, si nous songeons dans le silence de nous-mêmes, que nous portons en nous une Présence, une Valeur infinie, et que c’est justement le fait de la méconnaître volontairement, en nous ou dans les autres, qui constitue le mal absolu, comme notre regard sur la vie en sera transformé !
Tous les maux finiraient par s’éclairer et par se résorber si nous évitions, si nous surmontions le mal suprême qui est, en même temps, le refus de nous faire homme et le refus, au moins implicite, de la Présence
17 février 2008
Un week-end de joie
Simplement un tête à tête avec ma petite fille du samedi après midi au dimanche midi. De grands moments de joie et de tendresse...
J'ai pris quelques photos: je les mettrai à la demande de ma fille.
10 février 2008
De retour suite
Journée de travail: beaucoup de corrections...
Remplir des tableaux et voir grâce aux couleurs qu'il y a pas mal de vert (c'est acquis). Je devrai être heureuse mais je vois toujours les même noms dans le rouge... Qu'inventer pour leur permettre de passer au vert?
Je ne sers à rien s'ils ne progressent pas!
Voila où j'en suis de ma réflexion... ce soir.
09 février 2008
De retour?
Cela fait un certain temps que je me fais silence et pourtant ma vie n'est pas silencieuse...
Désir de silence qui se fait peut être écoute... espérons-le!
Toujours grand mère d'une petite Maëlle qui grandit sans trop de problèmes: je n'abuse pas trop par ma présence... J'accours au galop quand il faut la garder et c'est toujours pour moi un grand plaisir.
Toujours "instit" en CM2 et ce métier me prend beaucoup de temps.
Toujours maman avec des moments forts de complicité avec Emmanuelle la maman de Maëlle.
Toujours "pieuse" comme dirait mes enfants. En ce moment "retraite dans la ville" et un forum sur l'Evangile sur le site Domuni nourrissent ce côté "pieux".
C'est tout pour aujourd'hui!
16 novembre 2007
Cet amour
Cet amour
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le
temps
Quand le temps est
mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme
un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme
tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait
peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le
guettions
Traqué blessé piétiné
achevé nié oublié
Parce que nous l’avons
traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours
nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vraie qu ‘une
plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi
vivante que l’été
Nous pouvons tous les
deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir
vieillir
Nous endormir encore
Rêver de la mort
Nous éveiller sourire
et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une
bourrique
Vivant dans le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le
souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en
souriant
Et il nous parle sans
rien dire
Et moi je l’écoute en
tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et
pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et
pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublies pas
Nous n’avions que toi
sur la terre
Ne nous laisse pas
devenir froids
Beaucoup plus loin
toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au
coin d’un bois
Dans la forêt de la
mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
Jacques Prévert
16 septembre 2007
Joie
Oui 48 heures seule avec ma petite fille. Ce n'est que du bonheur. Ma plus belle récompense c'est quand ce soir toute à la joie de revoir ses parents elle me tendait les bras pour que je la prenne. Oh très vite elle revenait dans les bras de ma fille mais j'étais là avec eux. Grand moment aussi avec Pierre, le papa, le gendre... qui me raccompagnait et qui prenait le temps par cette belle soirée de passer par les plus beaux coins de Paris pour les partager avec moi...Joie aussi de retrouver le grand père qui m'attendait avec impatience... et oui je suis attendue ... C'est étonnant et cela montre que l'amour est éternel... Le 3 octobre nous fêterons un anniversaire de mariage... Lequel je n'en sais plus rien... C'était hier pourtant!
13 septembre 2007
De retour
Cela fait un bout de temps que je n'ai rien écrit...
Et pourtant la vie continue...
Une opération en juillet de l'homme avec qui je partage ma vie... Tout a été fait à temps mais c'est comme un rappel: tout est fragile... La vie doit se vivre en plénitude.
Quinze jours à la montagne avec ma fille et ma petite fille: la vie continue et s'ouvre à l'infinie.
Un mois avec ma belle mère Marie Louise dans ses mêmes montagnes: oui, la vie est une continuité... oui l'infini et la finitude m'interpellent...
Une nouvelle année scolaire.... une nouvelle classe et des enfants à découvrir. Une grande joie aujourd'hui j'ai pu parler avec eux du sens de la vie, de religion... Ils avaient la réputation d'être rebelles, ininterressés par tout ce qui est spirituel... mais j'ai trouvé devant moi des enfants heureux d'être pris au sérieux, heureux de pouvoir parler et de questionner. En définitive plus ils sont rebelles plus ils me plaisent... Ils ressemblent à leur maîtresse.
Voilà simplement quelques photos de ma petite fille que je vais garder ce week end alors que je devrais travailler sérieusement ma semaine de classe! Mais quelle joie et quel apaisement que ces moments avec elle.
02 août 2007
La rage de la perfection
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La rage de la perfection |
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1. La première vérité
Le grand commencement, c’est que Dieu est en
nous grâce, c’est-à-dire don, cadeau, pure libéralité. Et ce cadeau, c’est ma
vie, ma liberté, ma bonne puissance, une jubilation d’exister inentamable,
une communion avec toutes choses et avec mes frères qui peut subsister à
travers tout. * Tout le monde sait ça : je veux dire,
parmi les chrétiens. Cette parole
n'est pas entendue de la bonne oreille, cette oreille qui entend la parole à
la jointure de l'être, là où sont les enjeux absolus, la vie et la mort, la
folie et le sens, la damnation ou la liberté. Cette oreille que devait bien
avoir le paralytique, quand le jeune rabbi lui disait: « Lève-toi et
marche », ou Zachée tout heureux quand il lui disait: « Le bonheur est entré
dans cette maison. » Oui, j'ai connu, je connais des gens
croyants, dévoués, sincères – je voudrais bien être aussi vertueux
qu'ils le sont – et pour qui cette parole qu'ils savent, qu'ils disent,
qu'ils enseignent, est comme murée dans un incroyable silence. La preuve: leur tristesse. Leur tristesse secrète, par-dessous la joie
obligatoire, le bel entrain de la volonté, la bonne figure qu'ils font en
toute circonstance. D’où vient-elle, cette idée que nous devons mériter
l’amour ? Qu’il faut d’abord nous montrer dignes et qu’ensuite, ensuite
seulement, nous serons aimés ? Dire qu’elle vient du christianisme est assez
étrange, puisque la foi chrétienne commence précisément par mettre fin à
cette idée-là ! Ou est-ce qu'il y aurait, chez les chrétiens et dans leur foi
même, quelque chose qui irait à contresens ? Mais encore, d'où vient le
contresens ? Peut-être, sans doute, d'une tentation très profonde, celle
d’Adam et d'Ève au jardin, celle du Christ au désert, quand l’Ennemi – le
menteur-meurtrier à l'origine – use de la parole de Dieu pour prendre
l'homme au piège de la mort. «Dieu n’a-t-il pas dit... ?» Dieu n'a-t-il pas
dit en effet, et par Jésus lui-même, que nous devions obéir aux
commandements, être Mais ces paroles, on ne peut les entendre
qu'à entendre en elles, comme tout à fait premier, l'amour du Père qui veut
notre vie – et rien d'autre ... Toutefois, le redoutable contresens peut trouver
appui, ou se cristalliser, dans une certaine idée qu'on se fait du bien, de
la perfection, de la sainteté. Je vais en dire quelques mots.
L’Évangile sera toujours inscrit. Entreprise redoutable. Elle prête à
déviance. Car il faut que l'Évangile prenne figure en ce monde, parmi les
choses humaines ; mais cette figure, à chaque fois, est menace de sa perte.
Pour ce qui nous importe ici, ce seront les figures de l'homme parfait, de
l'homme accompli, que désigneront, dans le langage courant du monde
catholique, les mots redoutables de saint et de sainteté. L'ascèse n'est pas une création chrétienne.
Il y a des moines ailleurs ; bouddhistes, entre autres. L'Inde a une science
de l'ascèse, antique, immense. La sagesse grecque savait le prix de
l'abstinence ; même l'Épicurisme, le vrai, consiste à s'en tenir aux plaisirs
naturels et nécessaires, avec juste un peu des naturels non nécessaires :
règle impitoyable à nos envies. Quand la foi chrétienne se fait ascétique,
qu'est-ce qu'elle fait au juste? L'union entre l'Évangile et
l'ascèse ne va pas de soi. L'ascèse réfère au désir de paix intérieure, «
l'apathie », le non-pâtir des Grecs ; au désir d'élévation de l'âme vers
l'Ineffable ; ou, enfin, à la venue en l'homme de ce grand non-désir qui le
délie de toute attache et de toute soif. Cet amour ne délie pas de la douleur. Il la fait
lever au contraire. Il révèle au monde sa douleur inconnue. Il ne la dissout
pas – ce serait quitter l'homme – il la traverse et la transfigure. Non qu'il
aime la douleur : comment l'amour aimerait-il la douleur ? Sa substance est
toute joie, l'amour n'est que jubilation. Mais parce qu'il aime, l'amour
préfère pâtir que moins aimer.
Le premier, c'est que l'ascèse peut quitter
l'amour. La voie du Christ se confond alors avec la voie des antiques
sagesses. Voici l'homme seul (n'est-ce pas le premier sens du mot « moine» ?)
; seul avec l'œuvre de se défaire de toute attache et de s'élever vers le
seul nécessaire. Mais le lieu premier du Fils venu en chair d'homme, c'était la
communion. «Là où Le second piège, c’est que l’ascèse vienne se
loger dans la douleur de l'amour. Chemin des mortifications frénétiques, de
destruction qui témoignera, pense-t-on, de l'intensité de l’amour. Si je me
crucifie, ne suis-je pas proche du crucifié ? Mais il ne s'est pas crucifié
lui-même, il s'est offert à la folie des hommes pour que Dieu passe jusqu'en
cet abîme et que rien ne soit en dehors de son amour. Et qu'est-ce que cet
éloge de la maladie qui a circulé parmi les chrétiens ? Quand Jésus voit un
malade, il ne lui prêche pas la croix, il le guérit. Est-ce que l’imitation de Jésus
Christ s'arrêterait au seuil de sa grande bonté ? Et si nous ne pouvons
guérir comme lui, tâchons du moins de garder son esprit. *
Aucun rapport entre la hauteur morale de Kant et
les procédures disciplinaires ? Historiquement, je me garderai bien d'en rien
dire. Mais je vois bien, en revanche, comment les deux peuvent se joindre
pour produire concrètement l'homme convenable, l'homme en règle, l'homme en
paix avec lui-même et adapté avec justesse à l'exigence sociale. Dedans, le
sens du devoir, le grand « il faut» qui précède tout, qui mènera le paysan ou
l'ouvrier aux tranchées de la
Grande Un
certain christianisme traditionnel s'arrange au mieux de cette modernité-là.
Il s'y retrouve, et pour cause : il en vient. Il y a ainsi un traditionalisme
qui n'est point du tout la tradition chrétienne, la grande obéissance à
l'Esprit (c'est liberté) mais qui est l'attachement féroce aux traditions des
hommes, badigeonnées de christianisme.
« Mais, me dit-elle, la fille qui devait y
aller a un enfant. Il faut qu'elle puisse s'occuper de son enfant. Alors, je
pars à sa place. » Peut-être était-ce l'instinct suicidaire, le
masochisme, la culpabilité morbide, je ne sais quoi. Mais peut-être était-ce
vrai. Et peut-être les deux. En retour, il y a quelque chose qui demeure
incompréhensible chez beaucoup de croyants : c'est leur dureté. Je ne parle
point ici des hypocrites ; je parle des gens qui ont, autant qu'on puisse
savoir, une foi sincère, un désir réel du bien, voire une conscience
chatouilleuse et des engagements coûteux au service de Dieu et des hommes. Ainsi y a-t-il d'un côté ces dévoyés, ces
pauvres fous, ces gens de péché qui, dans leur errance, peuvent témoigner du
Dieu vivant et de l'autre ces gens de bien qui peuvent être pris sans même
le voir dans les
filets du Mauvais. Vieille histoire. «Je te remercie. Seigneur,
de ce que je ne suis pas comme les autres hommes... » Et l'autre, dans le fond : «Pitié de moi, qui
suis pécheur. » Et celui-ci s'en fut justifié – pas le premier. On s'en est
beaucoup servi, de cette histoire, pour discréditer la vertu. Contre-sens
complet. Le bien est le bien, le mal est le mal. Mais le bien et le mal en
nous sont mêlés, mélangés, ils passent l'un en l’autre. Les cartes sont
brouillées. Mais peut-être n'as-tu vu dans le miroir que
ton illusion ? Et peut-être ne vois-tu dans le modèle que le miroir de tes
rêves ? L’image se défait ; l'image de cette
perfection qui est comme un tableau à remplir : une figure peinte sur le mur
qu'il faudrait imiter ! Notez bien: le contenu peut varier. Il y a la
perfection à couleur janséniste et individuelle, dure répression intérieure,
forçage des humeurs, introspection morale. Mais il y a aussi la perfection à
couleur collective et militante, tension forcenée dans l’action, dévouement
épuisant, critique réciproque sans pitié. Le trait commun, c’est cette rage de parvenir
à l'image satisfaisante de soi. Image pour Dieu, mais pour un Dieu qui, sous ses
vêtements d’amour, a la poigne du despote. A moins que ce ne soit, en ultime vérité, image
pour soi, image pour se justifier et s'apaiser enfin soi-même ; Dieu ne
ferait office que de support et garant. Peinture cruelle. Est-elle juste ? Si l'on
veut l'appliquer aux gens pour les juger, sûrement pas. Mais, dans son excès
possible, ne dit-elle pas une menace réelle ? Ne dit-elle pas la pente
dangereuse d'une conception de la perfection qui finalement oublie et Dieu et
l'homme au profit de son grand fantasme ? Mais il faut bien que ce fantasme ait des
motifs, tout de même ! En effet, il en a. Il donne à l'homme le sentiment qu'il peut
atteindre le but, le grand but, l'accomplissement, la vie, la vie éternelle,
en faisant l'économie et de la vérité, et de l'autre. Car la vérité me déloge
de ce rêve, elle me renvoie à ce que je préférerais ne pas savoir de moi. Et
l'autre m'enlève de cette place : car il me signifie que la vraie vie est
dans la relation, dans l'amour et son épreuve, et non dans la poursuite
solitaire de mon idéal.
Et qui ont été essentiels à ma foi. Pas
nécessairement parce qu'ils étaient chrétiens, mais parce qu'ils provoquaient
ma foi à se dire, parce qu'ils exprimaient l'humanité où j'avais à vivre
l'Évangile. Et bien sûr, pour certains d'entre eux, parce qu'ils donnaient à
l'Évangile un visage ou une voix pour le temps où je suis.
En vrac ! Liste partielle et subjective,
comme on dit. Pas beaucoup de saints, là-dedans. Pas beaucoup de théologiens.
Si j’avais pris le Moyen Age, ç’aurait été différent. Mais pour les temps
modernes... C’est comme si la sainteté s'était retirée
des grands lieux d’initiative de la culture, comme si elle s'était enclose
hors de ce qui fait la vie des hommes. A quoi l'on peut opposer l'antique chemin de
sagesse : pour le sage, l'œuvre est lui-même ; c'est d'édifier en lui l'homme
vrai et accompli qui est but et justification. Ambition en apparence bien plus haute. Mais,
toujours pour la modernité, ambition morte, voire suspecte : l'homme n’est
jamais ce cristal ; l'homme ne prend sens qu'en l'histoire, et l’histoire est
œuvre, et non retrait dans l'éternel. Mais le saint, où est-il dans cette affaire ? Ne se
dit-il pas pécheur ? Ne faut-il pas le prendre au sérieux quand il reconnaît
et déclare, jusqu'à en être agaçant, qu'il n'est que misère? Passons sur le
style ou les abus possibles. Il doit bien se dire là quelque chose qui
importe. L’Évangile ne dit-il pas qu'on juge l'arbre à
son fruit ? L’image évangélique de la perfection n'est-elle pas le grain qui,
à travers pourrissement, sommeil hivernal, déchirement du printemps, en
vient dans la splendeur de l’été à donner fruit : trente, soixante, cent pour
un ? On peut craindre que le souci chrétien de ne
surtout rien faire de mal ait un peu rétréci l'immensité du don. Au risque,
chose horrible, de faire paraître l'Évangile mesquin.
Quel malheur, quel immense malheur que cette
découverte soit devenue fracture de l'Église ! Car il est certain qu’elle
touche une vérité essentielle. Mais la vérité de cette vérité est
réconciliation de l'homme avec lui-même, en Dieu. En sorte que le don
primordialement fait à l'homme soit en lui une liberté neuve, déliée de
l'avidité comme de l'angoisse, des envies forcenées comme de la
culpabilisation. Et cette liberté sait user du volontaire et de l'effort –
quand la tâche le veut – mais souplement s'abandonner au travail qui se fait
en l'homme, hors de maîtrise. Et en ce travail la liberté se retrouve
agissante, plus profonde et décisive qu'en la décision volontaire, mais
liberté libérée de la solitude où l'enfermait l’illusion du seul, du
soi-disant « sujet » qui peut tout. Fracture en l'homme. Le sujet solitaire et
volontaire s’impose comme la figure du bien-vivre. Tout ce qu'il méconnaît
passera dans l'autre côté, contestataire, de la modernité : l’affectif, le
sauvage, la passion, le désir ! La grâce
n’est pas grâce en l’homme. Sinon, elle aurait quelque chose de gracieux, de
gratuit, un air de légèreté, de jubilation, de profond laisser-aller à cette
vie venant de plus puissant que nous et qui veut chanter en nous. Elle serait
comme l’inspiration du poète ou du musicien, avec ses imprévisibles retraits
et ses joies imprévues. Épreuve, sans doute, épreuve plus dure
qu'aucune épreuve volontaire -car dans le désert on est démis de soi-même –
mais jusque dans l'épreuve une force de fécondité auprès de laquelle tous les
labeurs de la perfection pâlissent. Je crois que l’homme aujourd'hui aurait
assez faim d'une telle grâce.
La perfection est fruit, comme j'ai dit. Non
point conformité à l’image, mais fruit. C'est pourquoi, méfions-nous de
prétendre ou même vouloir imiter Jésus Christ ! Gardons-nous d'en faire
l’image accablante ! L'heureux Zachée donne la moitié de ses biens, le
possédé délivré retourne chez les siens – alors qu'il demandait à suivre Jésus
–, Marie gardera la meilleure part. A chacun sa grâce. A chacun son chemin :
vois ce qui t'est possible et fais-le. Dès que tu es tourné vers Lui, même si
tu trébuches et t'égares dans la montagne, tu dois savoir que la seule vraie
tentation est : désespoir. Pour le reste, à chaque jour suffit sa peine.
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29 juillet 2007
Un jour, Ton jour
Jacques Leclercq
« Et je crois, oui, je crois qu'un jour, Ton jour,
Ô mon Dieu,
Je m'avancerai vers Toi,
Avec mes pas titubants,
Avec toutes mes larmes dans mes mains,
Et ce cœur merveilleux que tu nous as donné,
Ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est
Fait pour Toi...
Un jour, je viendrai,
Et tu liras sur mon visage
Toute la Détresse, tous les combats, tous les échecs des chemins de la liberté,
Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, Ô mon Dieu, que ce n'est pas grave
Le péché quand on est devant Toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié
Mais devant Toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
Puisqu'on est tant aimé !
Un jour, Ton jour, Ô mon Dieu, je viendrai vers Toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
Je saurai enfin
Que la tendresse, c'est Toi.
Je viendrai vers Toi, Ô mon Dieu, et tu me donneras
Ton visage.
Je viendrai vers Toi avec mon rêve le plus fou :
T'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers Toi, et je te crierai à pleine voix
Toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père, j'ai tenté d'être un homme, et je suis ton enfant... »
27 juillet 2007
les prodigieuses attentes
Teilhard de Chardin
« Les prodigieuses attentes qui précèdent le premier Noël ne sont pas vides du Christ, mais pénétrées de son influx puissant. C'est l'agitation de sa conception qui remue les masses cosmiques et dirige les premiers courants de la biosphère. C'est la préparation de son enfantement qui accélère les progrès de l'instinct et l'apparition de la pensée sur la terre. Ne nous scandalisons plus sottement des attentes interminables que nous a imposées le Messie. Il ne fallait rien moins que les labeurs effrayants et anonymes de l'Homme primitif, et la longue beauté égyptienne et l'attente inquiète d'Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs, pour que sur la tige de Jessé et de l'Humanité la fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le Christ prît pied sur la scène humaine. Et tout ce travail était mû par l'éveil actif et créateur de son âme en tant que cette âme humaine était élue pour animer tout l'univers. Quand le Christ apparut entre les bras de Marie, il venait de soulever le Monde ».








