31 mars 2007
Pourquoi m'as-tu abandonné?
Fatigué
Paroles : Renaud
Séchan. Musique : Renaud Séchan, Franck Langolf 1985
Jamais une statue ne sera
assez grande
Pour dépasser la cime du moindre peuplier
Et les arbres ont le cœur infiniment plus tendre
Que celui des hommes qui les ont plantés
Pour toucher la sagesse qui ne viendra jamais
Je changerai la sève du premier olivier
Contre mon sang impur d'être civilisé
Responsable anonyme de tout le sang versé
Fatigué, fatigué
Fatigué du mensonge et de la vérité
Que je croyais si belle, que je voulais aimer
Et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé
Fatigué, fatigué
Fatigué d'habiter sur la planète Terre
Sur ce brin de poussière, sur ce caillou minable
Sur cette fausse étoile perdue dans l'univers
Berceau de la bêtise et royaume du mal
Où la plus évoluée parmi les créatures
A inventé la haine, le racisme et la guerre
Et le pouvoir maudit qui corrompt les plus purs
Et amène le sage à cracher sur son frère
Fatigué, fatigué
Fatigué de parler, fatigué de me taire
Quand on blesse un enfant, quand on viole sa mère
Quand la moitié du monde en assassine un tiers
Fatigué, fatigué
Fatigué de ces hommes qui ont tué les indiens
Massacré les baleines, et bâillonné la vie
Exterminé les loups, mis des colliers aux chiens
Qui ont même réussi à pourrir la pluie
La liste est bien trop longue de tout ce qui m'écœure
Depuis l'horreur banale du moindre fait divers
Il n'y a plus assez de place dans mon cœur
Pour loger la révolte, le dégoût, la colère
Fatigué, fatigué
Fatigué d'espérer et fatigué de croire
A ces idées brandies comme des étendards
Et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir
Fatigué, fatigué
Je voudrais être un arbre, boire à l'eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au cœur de cette terre que j'aime tellement
Et que ces putains d'hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent
Fatigué, fatigué
Fatigué de haïr et fatigué d'aimer
Surtout ne plus rien dire, ne plus jamais crier
Fatigué des discours, des paroles sacrées
Fatigué, fatigué
Fatigué de sourire, fatigué de pleurer
Fatigué de chercher quelques traces d'amour
Dans l'océan de boue où sombre la pensée
Fatigué, fatigué
Fatigué oui mais...
Un arbre de vie se profile à l'horizon... Dieu nous rejoint dans nos fatigues... Dieu en Jésus, en nos frères,en nous est mis à mort, est mis à mal... Ne passons pas trop vite sur cette mise à mort... Osons contempler toutes les croix de notre monde... Osons regarder nos croix, les partager... Trouverons nous, sur notre chemin, une écoute bienveillante, une main tendue qui nous permettra d'éclore à la vie?
A tout moment
tu me prononces
et je suis
tu me regardes
et je souris
et me voici
rose entre tes mains
tirée
du vrai rien
Je ne suis pas grand chose
mais tu te souviens de moi
Ô Dieu
est-il pour toi
plus beau cadeau
que cette éclosion?
Thierry Piet dans "Les Jours sans Bagages" 2004
Commentaires
Merci, Annik, pour ce texte. Oui parfois nous sommes fatigués, enfin, je suis fatigué que rien ne marche comme je voudrai. Mais j'essaie d'être avec Jésus qui malgré la la souffrance avance toujours pour faire la volonté de son Père.
Bon week end, Annik et bonne Semaine Sainte.
Je t'embrasse.
Josiane
LE LANGAGE DE L'ÂME.
Chère Annick,
Je trouve ce travail spirituel très beau. Mettre une poésie de Renaud qui exprime ses fatigues face aux injustices de ce monde. Puis, un mot intermédiaire qui vient déjà annoncer l'Espérance du poème de Thierry. Je perçois ce déroulement comme une étude de texte très subtile.
Des fatigues Humaines qui donnent à désespérer de soi-même au poème épanouissant de Thierry qui donne un Souffle d'Espérance à la Vie. Un regard différent et peut-être plus profond grâce à une Foi intense.
Une vision plus large de l'existence. Voilà, votre réussite. Nous faire regarder plus loin que les sentiments figés par les mots.
Que de belles émotions dans ces écrins de métaphores.
Que de sublimes réflexions aux reflets d'une poésie qui parle à l'âme.
Oui, Chère Annick, cet article est un langage de l'âme pour l'âme.
Beauté somptueuse qui cherche la bonté inlassable des êtres.
Merci pour ces méditations qui nous mènent loin sur les chemins de notre conscience christique.
Que cette Sainte semaine vous apporte ses Lumières.
Très Fraternellement, Bruno.
Merci à tous les deux
Je suis très touchée de vos réactions qui me mènent avec vous vers des moments d'éternité... Je suis heureuse d'avoir pu redonner le poème de Thierry qui me nourrit spirituellement en ce Carême et que j'ai longuement partagé avec, et les enfants de ma classe, et avec certains collègues... Eclore à l'Espérance d'une vie toujours féconde même dans les moments les plus noirs, telle est ma foi... Savoir se laisser respirer, se laisser "être", se laisser regarder,se laisser parler... se laisser rejoindre même dans ce qui semble défiguré... et éclore à la vie , à une vie simplement partagée...
Merci donc à vous deux sans oublier Thierry... votre présence et vos petits signes me font toujours du bien.
Je vous souhaite une Semaine Sainte lumineuse et profonde.
Très fraternellement
Annik



