Le Blog d'Annik

méditations libres sur le sens de la vie, sur la foi...

10 mai 2008

Eteindre l'Esprit?

Avril_2008_008

En ces jours de repos prolongé... avec Maurice Zundel essayons d'avancer sur la compréhension de l'Esprit Saint.

Je est un autre p 46-49 MauriceZundel

« Rien n’empêche d’admettre, dans cette perspective, que le Dieu intérieur, caché en nous, soit aussi le Dieu créateur, mais d’un univers qui, pour l’essentiel, n’est pas encore, d’un univers qui n’a pas encore atteint ses vraies dimensions, d’un univers jusqu’ici embryonnaire et qui ne pourra s’achever, en avant de nous, que si l’homme et les autres créatures douées d’intelligence, où qu’elles se trouvent (dans ce même univers), accomplissent leur vocation et ferment l’anneau d’or des fiançailles éternelles, en disant oui au Oui éternel qui est Dieu même.

Le Dieu intérieur, le Dieu sensible au cœur comme dit Pascal, est le seul vrai Dieu. Rien ne s’oppose à ce qu’il soit le créateur de tout l’univers, à condition de voir dans la création une histoire à deux, qui ne peut s’achever sans le concours des créatures intelligentes, parce que le sens même de l’univers est l’Amour. Et là où il y a refus, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert.

C’est pourquoi, finalement, la seule réponse adéquate au scandale du mal, c’est l’agonie et la crucifixion de Jésus Christ. C’est en lui, en effet, que s’exprime, comme un sacrement visible, cette mystérieuse fragilité de Dieu, qui est certes tout-puissant dans l’ordre de l’amour, qui peut tout ce que peut l’amour, mais qui ne peut rien de ce que ne peut l’amour. Il ne peut donc jamais nous contraindre, nous humilier, nous blesser, nous rejeter.

Il ne peut être, encore une fois, qu’un don éternellement offert. Et s’il en est ainsi, on peut concevoir que Dieu soit la première victime du mal. On peut même dire que plus le mal est scandaleux, plus il apparaît que Dieu est la première victime du mal.

Aussi bien, si l’on peut estimer, avec Malraux, que déshonorer l’homme et bafouer son inviolabilité est, dans la réalité de notre histoire, la pire agression et le mal absolu, c’est dans la mesure où l’on pressent que l’homme est le sanctuaire d’une Présence infinie, qui consacre sa dignité et fonde son inviolabilité.

Si le respect de l’homme doit s’imposer en nous, en effet, c’est précisément parce que, dans notre expérience, le destin de l’homme est inséparable du destin de Dieu : le règne de Dieu ne pouvant se réaliser concrètement que par le rayonnement de

la Présence

divine à travers une vie humaine transfigurée.

Et c’est pourquoi il est vrai de dire qu’il n’y aurait pas de mal finalement, pas de mal absolu en tout cas, sans Dieu. C’est parce que Dieu est que le mal peut avoir ce visage monstrueux, insoutenable et scandaleux comme le viol d’une Valeur infinie. Aussi bien voyons-nous qu’à travers toutes les douleurs humaines, à travers les maladies, la folie, la mort même, la vie peut se récupérer et s’éclairer dans le rayonnement de l’amour, et il arrive en effet que ce soient précisément les infirmes, les être voués à la souffrance, qui donnent à la vie son visage le plus noble et le plus beau.

Mais lorsque la perversité triomphe, lorsque l’homme se déshonore ou déshonore les autres, en méprisant en soi ou en eux cette dignité incommensurable que lui communique

la Présence

infinie, alors le mal atteint son sommet parce que la plus haute Valeur est trahie, qui est Dieu en nous.

C’est sans doute la prise de conscience de cette identification de l’homme avec Dieu et de Dieu avec l’homme qui a provoqué dans une tradition mystique et liturgique du christianisme, une attitude de compassion envers Dieu : saint François d’Assise a pleuré près de vingt ans sur

la Passion

du Seigneur, jusqu’à en perdre la vue.

Comment le comprendre, si ce plus parfait des chrétiens n’avait pas éprouvé que Dieu est victime en nous, par nous, pour nous ? Rien ne me paraît plus émouvant que cette ligne de spiritualité qui perçoit dans le mal, dans tout mal, une souffrance divine et qui s’efforce d’y remédier par un attachement d’autant plus grand à Dieu et à l’homme solidaire de Dieu. Aussi bien, qui a été plus compatissant que saint François pour les hommes, pour les animaux, pour toute la création, qui en a plus fraternellement ressenti la douleur, qui en a mieux chanté la résurrection ? Il n’y a aucun doute que cette méditation, aussi sommaire qu’elle soit, du mystère du mal nous amène à découvrir plus profondément le Dieu intérieur qui est

la Vie

de notre vie, ce Dieu fragile et désarmé qui nous attend au plus intime de nous et qui nous est confié en nous, en autrui et dans tout l’univers.

Le mal, comme le bien, a finalement une mesure infinie dont la croix est le symbole, la croix qui nous révèle l’immensité de la vie humaine, mesurée à la vie même de Dieu, immolée, pour elle. Comment ne pas comprendre, en face de la croix, que Dieu nous appelle à être des créateurs, qu’il ne peut, sans nous, transparaître dans notre histoire, que la création de l’univers est une histoire à deux, une histoire d’amour, qui ne peut s’achever que si nous achevons en nous notre propre création, en entrant pleinement dans le mariage d’amour qu’il veut contracter en nous.

En dehors de tout cri, si nous songeons dans le silence de nous-mêmes, que nous portons en nous une Présence, une Valeur infinie, et que c’est justement le fait de la méconnaître volontairement, en nous ou dans les autres, qui constitue le mal absolu, comme notre regard sur la vie en sera transformé !

Tous les maux finiraient par s’éclairer et par se résorber si nous évitions, si nous surmontions le mal suprême qui est, en même temps, le refus de nous faire homme et le refus, au moins implicite, de

la Présence

unique qui est le seul chemin vers nous-mêmes. Mille fois par jour nous risquons d’abîmer la vie en nous et dans les autres, de faire écran à la lumière et à la joie et d’empêcher les autres de découvrir l’Amour qui les attend au plus intime d’eux-mêmes. Mille fois par jour nous risquons « d’éteindre l’Esprit », comme dit saint Paul (1 Th 5, 19), c'est-à-dire d’effacer Dieu. »

Posté par Agrand à 08:47 - théologie - réflexion spirituelle - Commentaires [0] - Permalien [#]


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