01 avril 2007
Un chemin de salut: celui de la joie
Soeur Dominique Racinet est moniale dominicaine. Elle vit au monastère de la Clarté-Notre-Dame, à Taulignan, dans la Drôme, dont elle est actuellement la prieure. Elle a publié Saint Dominique, le visage d'un coeur, Saint-Maurice (Suisse), Éditions Saint-Augustin, 2006Le chemin vers Jérusalem
Évangile selon saint Luc (19,1-40) :
Jésus partait en tête, montant à Jérusalem. Et il advint qu'en approchant de Bethphagé et de Béthanie, près du mont des Oliviers, il envoya deux des disciples, en disant : « Allez au village qui est en face et, en y pénétrant, vous trouverez, à l'attache, un ânon que personne au monde n'a jamais monté ; détachez-le et amenez-le. Et si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? Vous direz ceci : « C'est que le Seigneur en a besoin. » Étant donc partis, les envoyés trouvèrent les choses comme il leur avait dit. Et tandis qu'ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : « Pourquoi détachez vous cet ânon ? » Ils dirent : « C'est que le Seigneur en a besoin. »
Ils l'amenèrent donc à Jésus et, jetant leurs manteaux sur l'ânon, ils firent monter Jésus. Et tandis qu'il avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Déjà il approchait de la descente du mont des Oliviers quand, dans sa joie, toute la multitude des disciples se mit à louer Dieu d'une voix forte pour tous les miracles qu'ils avaient vus. Ils disaient :
« Béni soit celui qui vient,
Le Roi, au nom du Seigneur !
Paix dans le ciel
et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens de la foule lui dirent : « Maître, réprimande tes disciples. » Mais Il répondit : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront. »
Aujourd'hui, quelque chose va changer et va donc nous changer aussi. Du Dimanche des Rameaux à celui de Pâques, notre destin va basculer. Le chemin qui remonte de la terre au ciel va s'ouvrir par la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus.
Jésus, je l'ai dit, par trois fois a annoncé sa Passion à ses disciples. Il « monte à Jérusalem » où il sait quelle souffrance l'y attend. L'heure est importante, grave, très grave.
Et voici qu'il se passe quelque chose d'incroyable. Aujourd'hui Jésus est acclamé comme Roi. Il se laisse acclamer comme Roi. Il se prête à cette situation puisque lui-même organise les préparatifs pour que tout se passe ainsi. De même, dans quelques jours, ce grand Jeudi Saint nous le verrons tout préparer pour célébrer le dernier repas. Jésus est le maître du chemin et du temps.
« Il partait en tête ». Voici bien le chef, le roi, celui qui s'avance le premier, qui ouvre le chemin, celui qui mène. Il mène les événements, et donc le destin de l'humanité. Jésus se montre le maître de la situation. Il sait ce qu'il commande, il sait ce qu'il va faire, il parle avec autorité. Depuis qu'ils le suivent, les disciples l'ont entendu parler avec autorité, en envoyé de Dieu qui a pouvoir sur les esprits mauvais, et pardonne les péchés. Les disciples reconnaissent leur « Maître », celui qui les a guidés pendant ces trois années, leur a montré le chemin d'un royaume auquel ils aspirent sans encore trop savoir de quoi il sera fait. Se trompant même, car ils ne peuvent envisager qu'un royaume bien terrestre. Les disciples obéissent donc sans peine, sans poser de questions, sans s'étonner. Leur confiance est totale.
« Allez détacher un ânon ! » Pas n'importe quel ânon, un ânon que personne encore n'a monté, une très jeune bête, un petit. L'évangéliste a retenu ce détail car il n'est pas sans importance. Pour le Sauveur, pour le Messie, on offre un animal jamais utilisé, « neuf » dirions-nous. Comme, au soir de sa mort, Jésus sera mis dans un tombeau neuf, jamais encore utilisé. Rien n'est trop beau pour le Seigneur, rien n'est trop neuf. Ce qui n'a jamais servi est un peu considéré comme « pur », pas encore touché, pas encore sali. C'est ce qui convient à celui qui est sans péché, l'innocent, le pur par excellence. C'est aussi une marque de grand respect, de vénération : il est Roi.
Pas n'importe quel roi. Le prophète Zacharie l'avait annoncé pour qu'à cette heure, tous puissent le reconnaître :
Crie de joie fille de Jérusalem !
Voici que ton roi vient à toi :
Il est juste et victorieux
Humble, monté sur un âne,
Sur un ânon, le petit d'une ânesse.
Cette monture n'a rien de ridicule, l'humilité est une richesse dans le Royaume, il faut désormais envisager les choses et les valeurs à l'opposé de celles du monde. Il faut juger des valeurs selon l'enseignement de Jésus. Pour drap d'honneur les disciples posent leurs propres vêtements, certainement leurs pauvres et simples vêtements. Jésus ne veut pas être vénéré par des draps d'or ou de riches étoffes, mais par l'humilité de ce que nous avons pour nous revêtir, quelque chose aussi qui fait partie de nous, qui est à nous. Jésus n'a pas besoin de beaux tissus mais de notre dépouillement personnel, celui qui va aller jusqu'au coeur, un coeur brisé et humilié, voilà le don qu'il aime.
Il est parfois plus facile d'aller se procurer une riche étoffe pour l'offrir que de prendre de notre nécessaire. Le temps du Carême nous a bien conduits sur ce chemin de vérité qui mène à notre coeur, là où nous donnons, non de notre superflu, mais de notre nécessaire : notre coeur pour pouvoir aimer.
Jésus ne vient jamais à nous en grand apparat, il vient à nous dans la simplicité, il vient à nous « comme nous », il est Dieu avec nous. Jésus se fait l'un de nous pour que nous puissions nous mêler à lui au point de devenir fils comme lui est Fils. Un grand apparat aurait retenu, intimidé les simples, les petits, les enfants et ceux qui leur ressemblent. Ils auraient craint de l'approcher, ils auraient craint de proposer leurs vêtements, jugés trop indignes, pour un roi de grandeur. L'humble apparat de Jésus le rend accessible, sans rien lui enlever de sa réelle royauté.
Ne craignons pas d'approcher Jésus, ne craignons pas de lui parler de nous, ne pensons surtout pas que nous le dérangeons parce que nous sommes trop petits, sans importance, c'est pour nous qu'il est venu.
Le Chemin de la Terre vers le Ciel
Une joie profonde émane du récit de cette entrée à Jérusalem. Jésus se prête avec le plus grand amour à ces instants de fête et d'exultation qui font partie de sa mission. Jésus s'avance vers la foule et la foule, qui le reconnaît, s'avance elle aussi vers lui et l'accueille. C'est toute la joie et l'émotion d'une rencontre. N'avait-il pas dit : je suis venu pour les pécheurs ? N'avait-il pas dit : je suis venu pour les malades ? N'avait-il pas dit : venez à moi vous tous qui peinez sous le fardeau ? Car je suis doux et humble de coeur ! C'est une rencontre sur le même chemin, car Jésus n'a marché que sur nos chemins. Jésus vient et nous venons à lui.
Après l'humble naissance dans une étable, après l'humble métier de charpentier et 30 années de vie cachée, l'humilité du Verbe fait chair continue de se manifester. C'est bien un roi, dont le Royaume n'est pas de ce monde. Dans quelques jours Pilate conclura : « Donc tu es Roi ? » « Tu le dis, je suis roi », répondra Jésus. Mais il vient de dire : « Mon royaume n'est pas de ce monde. »
La foule reconnaît aujourd'hui celui qui l'a enseignée, qui lui a annoncé la bonne nouvelle du salut, celui qui lui a appris l'amour du Père pour ses enfants et que lui Jésus était leur Ami. La foule reconnaît celui qui s'est fait proche en les guérissant, en les accueillant, en les touchant. La foule se souvient des signes, reconnaît les signes comme étant ceux qui devaient accompagner le Messie. Aujourd'hui, c'est bien la joie du salut qui explose dans cette liesse. Les disciples, et tous ceux qui sont présents, le reconnaissent dans un élan de joie. La joie d'accueillir celui qui va les sauver, les libérer de leurs servitudes intérieures, quelqu'un qui vient les reconnaître dans leur dignité d'hommes. Le Messie n'est plus à attendre, c'est bien lui, le descendant de David : les temps sont accomplis.
Un chemin de joie s'ouvre sous les pas de Jésus, un chemin de joie s'ouvre dans le coeur de la foule, dans le coeur de chacun. Un passage se fait, comme il s'est fait entre les eaux de la Mer rouge. Si un passage est tracé pour que Jésus puisse entrer solennellement dans Jérusalem, un passage se fait pour que Jésus puisse pénétrer profondément dans le coeur de ces hommes qui accueillent celui qui vient.
Il ne s'agit pas de la fête d'un leader mais de la reconnaissance du Sauveur. C'est très différent et c'est bien pour cela que l'événement se déroule de façon autre que pour une personnalité de ce monde.
Ce qui est annoncé dépasse toutes les royautés de ce monde. Ce qui engendre la joie dépasse toutes les bonnes raisons de se réjouir en ce monde. La joie elle-même qui se manifeste dépasse toutes les joies de ce monde. Le roi honoré dépasse tous les rois de la terre. Le chemin s'ouvre comme durant la douce et sainte nuit de la naissance. Le ciel et la terre se rencontrent pour ne plus faire qu'un seul chemin, celui de la Vie. Sans le savoir cette foule prononce les mêmes paroles que les anges : « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux. »
Le Sauveur entre dans la ville sainte. « Béni soit celui qui vient au nom de Seigneur ». Il vient, il est là le Roi, le Roi de tous les temps, de tous les siècle, et de tous les mondes. La louange et l'action de grâce sont libérées au passage de Jésus. Dieu s'est souvenu de ses promesses en envoyant celui qui devait venir. Jésus est bien l'Envoyé qui ne vient pas en son propre nom, mais au nom du Père.
Il y a toujours des esprits chagrins et jaloux lors des fêtes, des esprits qui se veulent rationnels. Ici ils voudraient faire taire les disciples, demandant à Jésus d'intervenir lui-même, ce qui serait une façon de faire voir que Jésus lui-même n'acquiesce pas à ce qui est en train de se passer. Mais Jésus répond que cela ne peut se faire, car alors ce sera toute la création qui criera la Vérité, même les pierres parleront pour proclamer la vérité, elles crieront de joie, comme les arbres dans le psaume 96 :
Joie au ciel, exulte la terre
Les arbres des forêts dansent de joie
Devant la face du Seigneur, car il vient.
Toute la création reconnaît dans la joie et son Créateur et son Sauveur ! Les paroles de bénédiction prononcées dépassent ceux qui les prononcent, elles sont révélation de la Trinité, la joie à cet instant porte témoignage, l'Esprit est à l'oeuvre.
Un jour, pour nous aussi, sous des formes bien simples et modestes, parfois même fugitives, une seconde, une brèche dans l'éternité, nous avons reconnu quelqu'un, une présence remplie d'amour, que nous attendions sans pouvoir en dire le nom, sans pouvoir en décrire le visage. La certitude et la joie nous ont alors tellement envahis que, sans peut-être pouvoir en rendre compte plus amplement, nous affirmons que depuis ce jour il y a dans notre vie un avant et un après. Nous avons tous dans notre vie des entrées de Jésus à Jérusalem, des Dimanches des Rameaux, au souvenir de sainte joie.
Et pourtant. Et pourtant dans peu de jours, ce sera peut être ceux là mêmes qui ont exulté de cette sainte joie qui crieront « Crucifie-le ». Les instants de l'Esprit sont parfois vite étouffés par la faiblesse de notre nature humaine. Il n'y a rien de plus versatile que l'opinion d'une foule. Rien ne nous rend autant victimes de notre propre fragilité que la peur du regard et de l'opinion de l'autre au point de pouvoir dire comme Pierre : « Je ne connais pas cet homme ».
Nous le savons - la liturgie de ce dimanche nous le rappelle solennellement - Jésus va mourir après une douloureuse Passion. Il va monter sur la Croix, demander pour nous le pardon, remettre son esprit entre les mains de son Père, être mis au tombeau. Puis ce sera le grand silence du sabbat qui nous laissera dans une bien grande solitude. Alors ?
Alors, souvenons nous que Jésus en annonçant sa Passion a aussi annoncé sa Résurrection, et que sa mission ne s'arrête pas au Golgotha. Sa véritable royauté, au contraire, commence au Golgotha. Les artistes médiévaux ne s'y sont pas trompés en représentant le crucifié déjà glorifié sur la Croix.
L'entrée de Jésus à Jérusalem, acclamé par la foule, n'est pas une erreur, mais bien le chemin de joie nécessaire pour préparer le monde à reconnaître la véritable royauté de Jésus lorsqu'il meurt sur la Croix. Par sa Croix la joie est venue dans le monde, car si tout est accompli, tout n'est pas fini. Bien au contraire, là tout commence : la véritable joie, celle du matin de Pâques qui nous annonce qu'à jamais la mort a été vaincue, que nos péchés sont pardonnés et que nous pouvons appeler Dieu notre Père. Joie du salut !
Alors ? Il n'y a plus de chemin, car Le Chemin c'est Jésus lui-même, Jésus Ressuscité, Jésus qui nous dit : « Moi je suis le chemin. Et votre joie, nul ne vous l'enlèvera. »
31 janvier 2007
La fête de la Chandeleur
Évangile
de Jésus Christ selon saint Luc (2, 22-40)
![]()
la Loi
Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour
la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le
présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé
Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation la Loi
Syméon prit l’enfant dans ses bras, et il
bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
dans la paix, selon ta parole,
car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d’Israël ton peuple. »
Le père et la mère de l’enfant
s’étonnaient de ce qu’on disait de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie
sa mère : «Vois, ton fils, qui est là, provoquera la chute et le relèvement de
beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. — Et toi-même, ton cœur sera
transpercé par une épée. — Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un
grand nombre. »
Il y avait là une femme qui était
prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Demeurée veuve après sept
ans de mariage, elle avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne
s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la
prière. S’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et
parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils
retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et
se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Une
lecture sainte de l’Évangile
![]()
Dieu notre Père, réponds à notre attente,
souviens-toi de la promesse de ton Fils : que l’Esprit Saint nous aide à mieux
comprendre ce que tu veux pour nous.
Le temps de l’observation
Les parents, en venant présenter Jésus au
Temple, obéissent à la loi de Moïse. Le texte de Luc se plaît à le faire
remarquer trois fois au début du récit puis une fois à la fin du récit. Jésus
comme tout premier-né masculin doit être présenté, "consacré"
au Seigneur. La cérémonie elle-même de la Présentation La Bible
Syméon n’a aucune fonction. Il réside à Jérusalem. "Juste" et "pieux",
il possède deux qualités aimées des livres de l’Ancien Testament. La justice
consiste à "s’ajuster à Dieu", à suivre sa volonté.
Syméon attend la "consolation d’Israël". "Consolez,
consolez mon peuple" disait le prophète Isaïe au nom de Dieu. Le terme
de "consolation" est devenu technique et se rapporte au temps
espéré où Dieu viendra "consoler" son peuple, c’est-à-dire le
sauver, le délivrer. Syméon semble symboliser l’attente des croyants d’Israël
en la venue des temps où Dieu consolera son peuple en lui assurant enfin la
paix et la prospérité.
Le texte souligne que Syméon vient au Temple voir le "messie"
de Dieu. L’enfant est présenté comme un roi, le Messie attendu. Les paroles de
Syméon sont prophétiques puisque l’Esprit est sur lui. Elles concernent Jésus
identifié au "salut préparé à la face des peuples" et à la
"lumière" qui éclaire les autres nations.
Les paroles de Syméon adressées directement à Marie sont dramatiques, avec
l’allusion à l’épée, à la division, à la chute… Devant Jésus il faudra
ouvertement prendre parti : "Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes
d’un grand nombre."
Anne, elle aussi, est "prophète", porte-parole de Dieu. Elle
est âgée de 84 ans, c’est dire qu’elle a 7 fois 12 ans. Dans la symbolique
biblique des nombres, le chiffre 7 suggère la perfection et le 12
l’universalité. Le lecteur devine ainsi qu’Anne représente parfaitement
les croyants de son peuple qui attendent "la délivrance de Jérusalem".
Le temps de la méditation
Comme tout extrait d’évangile, ce récit,
écrit après Pâques, dit la foi de Pâques. L’enfant de Marie, Jésus, est présenté
clairement par deux prophètes, un homme et une femme, comme le Messie ou
Christ. Il est le salut offert à tous et non seulement à Israël. Cette
ouverture à l’universel a demandé du temps pour s’imposer à l’intérieur des
premières communautés chrétiennes. Jésus est la lumière qui éclaire les nations
païennes, c’est-à-dire les nations autres qu’Israël. la Gloire la
Présentation
Jésus est aussi
La scène de
Ce ne sont pas les prêtres qui accueillent Jésus, alors que la scène se passe
au Temple, mais un "juste" (Syméon) et un "prophète"
(Anne). Il y a là sans doute une critique adressée à ceux qui parmi les responsables
n’ont pas accueilli Jésus, mais surtout il y a l’invitation à être "juste"
comme Syméon et à prier comme Anne pour reconnaître en Jésus le Messie de Dieu.
Jésus est le Messie mais il le sera par le service, non par la puissance.
L’épée évoque la croix.
L’enfant ne reste pas à Jérusalem. C’est à Nazareth en Galilée qu’il recevra sa
formation religieuse et professionnelle. Cette indication géographique est
peut-être aussi une indication théologique. Tout doit commencer à Jérusalem.
Mais il faut bien vite aller dans cette Galilée proche des autres nations.
L’Église aussi commencera à Jérusalem mais les chrétiens partiront de cette
ville jusqu’aux extrémités de la terre pour porter l’Évangile.
Le temps de la prière
Seigneur Dieu, notre Père, merci pour tous
ces justes et ces prophètes qui ont attendu longuement la venue de ton Messie.
Façonne en nous un coeur de juste qui sache s’ajuster constamment sur toi. Avec
ton Esprit, comme Syméon et Anne, que nous reconnaissions en Jésus le sauveur
de tous. Que ton Église reste missionnaire.
Marc
Sevin, PEE 194 - février 2003, pp.16-18
21 janvier 2007
Troisième dimanche du Temps ordinaire
Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21
Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements
qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui, dès
le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole. C'est
Lorsque
Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, sa renommée se
répandit dans toute la région.
Il enseignait
dans les synagogues des Juifs, et tout le monde faisait son éloge. Il vint à
Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l'habitude, il entra dans la synagogue
le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le
livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il
est écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré
par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle
Jésus referma le livre, le rendit au servant
et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se
mit à leur dire : « Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre,
c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit. »
LE TEMPS DES COMMENCEMENTS
La
lecture liturgique du troisième dimanche du Temps ordinaire réunit deux
passages assez différents de l'évangile de Luc: la dédicace de l'oeuvre (Lc
1-4) et le début de l'activité publique de Jésus (Lc 4,14-21). Le lien entre
ces textes tient au fait qu'il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, de
commencements: commencement de l'évangile comme oeuvre littéraire dans le cas
du texte de dédicace; commencement de L'ÉVANGILE comme événement de salut dans
le cas de la première prédication de Jésus. Ces deux commencements, bien loin
de s'opposer, sont inséparables l'un de l'autre.
Très honorable Théophile
Luc
commence son ouvrage par une dédicace à un personnage du nom de Théophile,
inconnu par ailleurs (cf. Ac 1,1). Ce destinataire porte un nom prédestiné :
Ami de Dieu: à travers lui, ce sont tous les amis de Dieu, à travers toutes les
générations, qui peuvent recevoir le message du salut.
Le
but de l'ouvrage est de confirmer la sûreté des enseignements déjà reçus par
Théophile (v. 4). L'écrivain n'est donc pas neutre par rapport à son sujet.
S'il s'est informé avec soin et projette d'écrire un récit ordonné, c'est dans
le but de transmettre un message. Son propos est catéchétique tout autant que
historique.
Cela
ne signifie pas que l'oeuvre n'a pas de valeur historique. Luc précise qu'il a
fait une enquête soignée (v. 3) mais il n'identifie pas ses sources. Comme il
vient de mentionner plusieurs écrits antérieurs au sien (v. 1) de même que le
témoignage des témoins directs, devenus serviteurs de la Parole
En
se faisant écrivain, Luc veut être, lui aussi, un serviteur de L'ÉVANGILE. Son
oeuvre n'a d'autre but que de faire mieux connaître celui qui est, par
excellence, la Bonne
Nouvelle
L'Esprit à l'oeuvre en Jésus
Depuis
le début de sa carrière publique, Jésus est habité par l'Esprit Saint (cf. Lc
3,22; 4,1). Le même Esprit agit en lui et lui permet de rendre manifeste la
puissance de Dieu (Lc 4,14). Dès ses débuts, Jésus se fait enseignant (Lc
4,15). Luc ne donne pas de détails au sujet de cet enseignement, sinon qu'il
attire à Jésus les louanges des auditeurs. Ce bref résumé a surtout pour but de
préparer la scène suivante. Lorsque Jésus revient dans le village de son
enfance, il est précédé d'une réputation qui fait l'étonnement de ses
compatriotes.
Le discours inaugural
Luc
situe la première intervention publique de Jésus dans le cadre de l'office
synagogal du samedi. La prise de parole de Jésus revêt ainsi un caractère
officiel que n'auraient pas les mêmes propos tenus sur une place publique!
L'essentiel
du discours tient en une citation du livre d'Isaïe (Is 61,1-2 augmentés de Is
58,6). Jésus se situe donc dans la continuité de l'histoire du salut. Dans ce
texte, mis sur les lèvres de Jésus, Luc trouve les thèmes majeurs de son
oeuvre: L'Esprit du Seigneur qui anime le Christ, celui qui est consacré par
l'onction; la Bonne
Nouvelle
En
ces quelques lignes, Jésus définit, non seulement son programme d'action, mais
le sens même de sa mission. Cependant, à ce point du récit où Jésus remet le
livre au servant (v. 20), le lien n'est pas fait entre le texte qui vient
d'être proclamé et la personne de celui qui le proclame. Il faut, pour franchir
ce pas, une nouvelle intervention que Luc prépare avec soin.
Aujourd'hui
Au
verset 20, Luc multiplie les verbes énumérant les actions posées par Jésus : Il
replia le livre, le rendit au servant et s'assit.
Il
crée ainsi une attente de la suite : «Que va-t-il se passer maintenant?» Telle
semble être la question posée par tous ces gens qui gardent les yeux fixés sur
lui.
Lorsque
Jésus prend finalement la parole: il crée ce lien indispensable entre la parole
du prophète et la communauté rassemblée pour l'écouter: c'est aujourd'hui que
cette Écriture s'accomplit (v. 21). C'est-à-dire que la promesse de Dieu
exprimée autrefois par le prophète va trouver maintenant, dans la personne même
de Jésus, sa plénitude de sens. Sa réalisation dans l'histoire entre dans une
ère radicalement nouvelle. Jésus ne parle pas, comme les anciens prophètes, de
jours à venir, mais d’un aujourd'hui qui désigne les temps nouveaux inaugurés
par sa venue (cf. Lc 2,11).
Ainsi
l'évangile écrit par Luc (cf. Lc 1,1-4) consiste essentiellement en la
proclamation de L'ÉVANGILE, c'est-à-dire de la Bonne Nouvelle
14 janvier 2007
Des épousailles éternelles
dimanche 14 janvier 2007
2e dimanche du Temps Ordinaire
Is 62, 1-5
Pour la cause
de Jérusalem je ne me tairai pas, pour Sion je ne prendrai pas de repos, avant
que sa justice ne se lève comme l'aurore et que son salut ne flamboie comme une
torche.
Les nations verront ta justice, tous les rois verront ta gloire. On
t'appellera d'un nom nouveau, donné par le Seigneur lui-même. Tu seras une
couronne resplendissante entre les doigts du Seigneur, un diadème royal dans la
main de ton Dieu. On ne t'appellera plus : « La délaissée », on n'appellera plus
ta contrée : « Terre déserte », mais on te nommera : « Ma préférée », on nommera
ta contrée : « Mon épouse », car le Seigneur met en toi sa préférence et ta
contrée aura un époux.
Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui
qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari,
ainsi tu seras la joie de ton Dieu.
Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 7-8a,
9a.10ac
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au
Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De
jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !
Rendez au Seigneur, familles
des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au
Seigneur la gloire de son nom.
Adorez le Seigneur, éblouissant de
sainteté.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne
les peuples avec droiture.
1 Co 12, 4-11
Frères, les
dons de la grâce sont variés, mais c'est toujours le même Esprit. Les fonctions
dans l'Église sont variées, mais c'est toujours le même Seigneur.
Les
activités sont variées, mais c'est toujours le même Dieu qui agit en tous.
Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous. A
celui-ci est donné, grâce à l'Esprit, le langage de la sagesse de Dieu ; à un
autre, toujours par l'Esprit, le langage de la connaissance de Dieu ; un autre
reçoit, dans l'Esprit, le don de la foi ; un autre encore, des pouvoirs de
guérison dans l'unique Esprit ; un autre peut faire des miracles, un autre est
un prophète, un autre sait reconnaître ce qui vient vraiment de l'Esprit ; l'un
reçoit le don de dire toutes sortes de paroles mystérieuses, l'autre le don de
les interpréter.
Mais celui qui agit en tout cela, c'est le même et unique
Esprit : il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté.
Jn 2,
1-12
Trois jours plus tard, il y avait un mariage à Cana en Galilée.
La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec
ses disciples.
Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils
n'ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est
pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous
dira. » Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des
Juifs ; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs : «
Remplissez d'eau les cuves. » Et ils les remplirent jusqu'au bord. Il leur dit :
« Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.
Le maître du repas goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce
vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le
maître du repas interpelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin
en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi,
tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. »
Tel fut le commencement des
signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire,
et ses disciples crurent en lui. Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa
mère, ses frères et ses disciples, et ils y restèrent quelques jours.
Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira. »
Saint Jean de la Croix l’exprime de façon admirable : « Celui qui aime sagement
ne se met pas en peine de demander ce qui lui manque ou ce qu’il désire : il se
contente d’exposer son besoin, laissant au Bien-Aimé de faire ce qu’il lui
plaira. La bienheureuse Vierge agit ainsi aux noces de Cana en Galilée. Elle
n’adressa pas à son cher fils de demande directe, elle se contenta de lui dire : «
ils n’ont point de vin » (Jn 2, 3). » (CSB 2, 8, 1233)
Simplement se présenter au Bien-Aimé en vérité avec nos manques et savoir se laisser transformer par ces épousailles éternelles qui ne passeront pas. Et devenir jour après jour la joie du divin époux.
Faire la joie de Dieu et oui nous avons le pouvoir de faire la joie de Dieu nous dit Isaïe...Alors ne nous en privons pas...
07 janvier 2007
Sagesse
Livre de la Sagesse
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Ils sont foncièrement
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Epiphanie
Is 60, 1-6
Debout, Jérusalem !
Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée
sur toi. Regarde : l'obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les
peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront
vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux,
regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils
reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras
radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d'au-delà des mers
afflueront vers toi avec les richesses des nations. Des foules de chameaux
t'envahiront, des dromadaires de Madiane et d'Épha. Tous les gens de Saba
viendront, apportant l'or et l'encens et proclamant les louanges du Seigneur.
Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13
Dieu, donne au roi tes
pouvoirs,
à ce fils de roi ta
justice.
Qu'il gouverne ton peuple
avec justice,
qu'il fasse droit aux
malheureux !
En ces jours-là, fleurira
la justice,
grande paix jusqu'à la
fin des lunes !
Qu'il domine de la mer à
la mer,
et du Fleuve jusqu'au
bout de la terre !
Les rois de Tarsis et des
Iles apporteront des présents,
les rois de Saba et de
Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront
devant lui,
tous les pays le
serviront.
Il délivrera le pauvre
qui appelle
et le malheureux sans
recours.
Il aura souci du faible
et du pauvre,
du pauvre dont il sauve
la vie.
Ep 3, 2-3a.5-6
Frères, vous avez appris
en quoi consiste la grâce que Dieu m'a donnée pour vous : par révélation, il
m'a fait connaître le mystère du Christ. Ce mystère, il ne l'avait pas fait
connaître aux hommes des générations passées, comme il l'a révélé maintenant
par l'Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Ce mystère, c'est que les
païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même
promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile.
Mt 2, 1-12
Jésus était né à Bethléem
en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus
d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui
vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous
prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude,
et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les
scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils
lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le
prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les
chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël
mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire
préciser à quelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem,
en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand
vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner
devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l'étoile
qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du
lieu où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une
très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa
mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent
leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la
myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils
regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Des épiphanies.
Bien
qu’on ait spécialisé l’emploi de ce mot pour la visite des Mages, on trouve
plusieurs épiphanies dans les évangiles.
Épiphanie
s’applique en effet à l’action de faire paraître, d’amener à la lumière. Donc,
révélation d’une réalité qui était déjà là mais cachée. Les mages révèlent que
l’enfant de Bethléem est le roi, le Messie attendu. Au Baptême, c’est la voix
du Père qui révèle que cet homme est le Fils bien-aimé. À Cana, Jésus, bien que
son heure ne soit pas encore venue, « manifeste sa gloire ». L’heure de la
révélation plénière sera celle de la
Pâque la Passion. Au la Tranfiguration la
Gloire
Ce que la création nous révèle.
L’Évangile
ne nous dit pas comment ces Mages ont découvert que l’étoile nouvelle qu’ils
observaient concernait la naissance du roi des Juifs. Cela signifie que ce qui
se passe dans la nature achemine déjà les hommes vers la vérité qui achèvera de
se révéler dans et par le Christ. On repense au Psaume 19 : « Les cieux
racontent la gloire de Dieu, et le firmament fait connaître l’œuvre de ses
mains (...) Non point récit, non point langage, nulle voix que l’on puisse
entendre, mais leur sens se propage sur toute la terre et leurs accents
jusqu’aux extrémités du monde. » Même conviction en Romains 1,19-20 : « Ce que
les hommes peuvent connaître de Dieu est pour eux manifeste ; Dieu lui-même le
leur a manifesté. Depuis la création du monde, en effet, ses œuvres rendent
visibles ses attributs invisibles (...) » Sans doute pense-t-il, en
écrivant cela, à Sagesse 13,1-9. Très beau texte, trop long pour être reproduit
ici. Ce que nous appelons la
Révélation
Israël et l’étranger.
Ainsi
la visite des Mages nous fait comprendre que la rencontre du Christ d’Israël
n’est pas réservée au peuple élu, même si c’est par ce peuple que nous parvient
la découverte de « Dieu avec nous ». C’est pourquoi le récit signale que c’est
Hérode et les scribes d’Israël qui révèlent aux Mages, figures de l’étranger,
l’endroit de la naissance de Jésus. Ils révèlent mais ne prennent pas la route vers le lieu de la
manifestation de la gloire. On peut penser que Matthieu écrit dans une
communauté chrétienne où les païens ont été plus nombreux que les juifs à
accueillir l’Évangile. Ce que nous appelons Dieu ne vient donc pas à nous
exclusivement par les religions héritées de nos ancêtres. On l’a dit, il est là
dans tout ce qui existe, et le cosmos est recréé pour tout enfant qui naît. Ces
étrangers viennent justement ramener à leur source les richesses que la
création leur a données. Souvenons-nous aussi de la signification que la
tradition chrétienne a attribué à ces présents. L’or, hommage dû au roi : par
cet enfant démuni, c’est le règne de Dieu qui arrive. L’encens, offrande à Dieu
signifiant la prière. La myrrhe, utilisée pour embaumer les morts. On pense à
Philippiens 2,5-11 : en devenant cet enfant, cet homme, le Christ se dépouille
déjà de sa condition divine. Il ira plus loin : jeté en terre comme la semence,
il se dépouillera aussi de sa condition humaine et nous fera parcourir le
chemin inverse, puisqu’à partir de sa mort et de notre mort nous sommes appelés
à partager la nature de celui dont le Nom est au-dessus de tout nom.
Marcel Domergue
02 janvier 2007
Qui es-tu? Qui suis-je?
Saints Basile le Grand et Grégoire de Nazianze, évêques et docteurs de l'Église
1 Jn 2, 22-28
Mes
biens-aimés, le menteur n'est-il pas celui qui refuse d'admettre que Jésus est
le Christ ? C'est celui-là l'Anti-Christ : il refuse à la fois le Père et le
Fils, car celui qui refuse le Fils se sépare du Père, et celui qui reconnaît le
Fils trouve en même temps le Père.
Pour vous, gardez en vous-mêmes ce que
vous avez entendu depuis le commencement. Si ce que vous avez entendu depuis le
commencement demeure en vous, vous aussi vous demeurerez dans le Fils et dans le
Père. Et ce que le Fils lui-même nous a promis, c'est la vie éternelle.
Voilà ce que j'avais à vous dire au sujet de ceux qui cherchent à vous
égarer. Mais elle demeure en vous, l'onction par laquelle il vous a consacrés,
et vous n'avez pas besoin qu'on vous instruise. Vous êtes instruits de tout par
cette onction, qui est vérité et non pas mensonge : suivant ce qu'elle vous a
enseigné, vous demeurez en lui.
Et maintenant, mes petits enfants, demeurez
en lui ; ainsi, quand il paraîtra, nous aurons de l'assurance, et nous serons
sans honte devant lui, lors de sa venue.
Ps 97,
1-4
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des
merveilles ;
Par son bras très saint, par sa main puissante,
il s'est
assuré la victoire.
Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé
sa justice aux nations ;
Il s'est rappelé sa fidélité, son amour,
en
faveur de la maison d'Israël.
La terre tout entière a vu
la victoire
de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez,
jouez.
Jn 1, 19-28
Voici quel fut le témoignage de
Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites
pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il le reconnut ouvertement, il déclara : «
Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le
prophète Élie ? » Il répondit : « Non. — Alors es-tu le grand Prophète ? » Il
répondit : « Ce n'est pas moi. »
Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut
que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur
toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix qui crie à travers le désert :
Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. »
Or,
certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette
question : « Si tu n'es ni le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète, pourquoi
baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l'eau. Mais au
milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient
derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale.
»
Tout cela s'est passé à Béthanie-de-Transjordanie, à l'endroit où Jean
baptisait.
Homélie
« Qui es-tu ?
» Et si la question posée à Jean-Baptiste nous était aussi adressée ? Se mettre
à la suite de Jésus requiert avant tout la volonté de s’interroger sur soi-même.
L’authenticité ne demeure-t-elle pas, en effet, une donnée fondamentale pour
rencontrer le Seigneur ? L’évangile nous interroge aujourd’hui : « Que
dites-vous de vous-mêmes ? Non pas ce que disent les autres, ce que vous
voudriez qu’ils disent. Non. Vous, que dites-vous ? »
La difficulté est
que notre monde nous a déshabitués de ce questionnement sur nous-mêmes.
L’expérience de fragmentation caractérise pesamment notre société et notre
culture. Nous vivons superficiellement et la plupart du temps nous sommes
contraints à le faire. Le temps est une dimension de notre existence qui ne
cesse de s’accélérer si bien que même si nous en avons le souhait, s’arrêter
pour prendre un moment de silence ou de réflexion devient héroïque.
Et
pourtant, c’est comme si Jean nous disait : si tu n’as pas le courage d’entrer
en toi-même, tu ne pourras pas suivre Jésus, tu ne pourras jamais le rencontrer,
ni même t’approcher de celui qui te l’indique comme le Sauveur de
monde.
Mais entrer en soi-même pour trouver qui ? Soi-même ? Non. Car ce
serait là se faire piéger par un individualisme où l’homme demeure centré sur
l’homme dans l’illusion de trouver la racine de son être. Car nous ne pourrons
jamais être à nous-mêmes notre propre origine.
Il s’agit d’entrer en soi-même
non pas pour se tourner sur soi et plonger dans une vacuité intérieure, mais
tout au contraire pour détourner le regard de soi et le tourner vers cet Autre
qui est Dieu, à la fois immanent et transcendant, et recevoir de lui ce que nous
sommes. Au bout de ce chemin intérieur, c’est le Seigneur que nous sommes
appelés à rencontrer, lui qui est plus intime à nous que nous-mêmes et bien
supérieur à ce qu’il y a en nous de plus haut : « Deus est interior intimo meo
et superior summo meo » (Saint Augustin, Confessions 3, 6, 11).
Il est
intéressant de noter que Jean-Baptiste ne répond pas aux prêtres et aux lévites
qui l’interrogent en disant : « Moi, je suis… » Pas du tout. Il commence par se
définir en disant qui il n’est pas et en premier lieu qu’il n’est pas le Messie.
C’est ensuite seulement qu’il se définit de façon positive. Et là encore, il ne
le fait pas à partir de lui-même mais en se référant au Messie à travers la
mission qu’il lui a confiée : « Je suis la voix qui crie à travers le désert :
Aplanissez le chemin du Seigneur… ».
Jean Baptiste nous enseigne ici que
notre véritable identité se trouve en Dieu, enracinée en son Amour qui se révèle
à nous à travers la mission qu’il nous confie, la vocation à laquelle il nous
appelle. Se décentrer ainsi de soi et se recevoir d’un Autre demande de
l’humilité. C’est bien ce que nous enseigne encore le Précurseur : « Moi, je
baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez
pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de défaire la
courroie de ses sandales. »
« Seigneur, donne-nous cette grâce de trouver
la vérité profonde de notre être dans notre relation à toi. Alors saisis par ta
présence, nous pourrons humblement mettre nos pas dans tes pas pour répondre
dans la joie à la mission que tu nous confies. »
Frère Elie
01 janvier 2007
Sainte Marie Mère de Dieu
Sainte Marie, Mère de Dieu
Nb 6, 22-27
Le Seigneur
dit à Moïse : « Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils
d'Israël : 'Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse
briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne
vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix !' C'est ainsi que mon nom sera
prononcé sur les fils d'Israël, et moi, je les bénirai. »
Ps 66
(67), 2b.3, 5abd, 7.8b
Que ton visage s'illumine pour nous ;
et
ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les
nations.
Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le
monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.
Dieu,
notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout
entière l'adore !
Ga 4, 4-7
Frères, lorsque les temps
furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d'une femme, il a été sous
la domination de la loi de Moïse pour racheter ceux qui étaient sous la
domination de la Loi et pour faire de nous des fils.
Et voici la preuve que
vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l'Esprit de son Fils est dans nos coeurs,
et il crie vers le Père en l'appelant « Abba ! ». Ainsi tu n'es plus esclave,
mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.
Lc
2, 16-21
Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent
Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l'avoir vu,
ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le
monde s'étonnait de ce que racontaient les bergers.
Marie, cependant,
retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur.
Les bergers
repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu'ils avaient
entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé. Quand fut arrivé le huitième
jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que
l'ange lui avait donné avant sa conception.
Homélie
Les bergers
arrivent à la crèche et découvrent tout selon ce que les anges leur avaient
annoncé. Et comme tous ceux qui ont été introduits dans ce mystère de la
nativité, Marie la première, ils courent l’annoncer à leur tour. Tous ceux qui
sont là, avec eux, en profitent les premiers : nous n’avons aucune peine à les
imaginer discuter entre eux de ce qu’ils contemplent, à se redire entre eux ce
que les anges avaient annoncé et qu’ils découvrent.
Au cœur de ce joyeux
tumulte, saint Luc attire alors notre attention sur Marie. Elle « retenait tous
ces événements et les méditait dans son cœur ». La voir au cœur de ce mouvement
a quelque chose d’incongru : elle écoute les bergers lui apprendre la nouvelle,
elle qui en est mieux informée que quiconque. En outre, elle ne les écoute pas
d’une oreille amusée, comme on laisserait un enfant nous expliquer naïvement une
découverte qu’il vient de faire mais que nous connaissons déjà depuis longtemps.
Non, Marie retient et elle médite tout cela. Un peu comme si elle découvrait peu
à peu elle aussi, comme si elle entrait plus profondément dans le mystère, nous
entraînant ainsi à sa suite, vers de nouvelles clartés.
En effet, Marie
est en elle-même l’Octave de Noël. Elle était là au tout début, elle sera là à
la fin. C’est en elle que tout a commencé, c’est en elle aussi que tout
s’achève. Aujourd’hui, après une semaine de festivités, le jour de Noël
s’achève. Il se dissipe dans deux directions : il part avec les bergers, qui
proclament tout au long de leur chemin la bonne nouvelle du salut offert en
Jésus-Christ ; il part avec Marie, dans les profondeurs de la contemplation.
Mais c’est Marie, qui, dans son silence, nous apprend à rencontrer Celui qui
vient. C’est pourquoi nous choisissons de rester près d’elle
aujourd’hui.
Notre sauveur vient à nous en effet et nous avons à faire
connaissance avec lui. Marie, sa mère, se pose évidemment cette question, elle
cherche tout ce qui l’aidera à discerner le projet de Dieu sur ce nouveau-né.
Elle est la servante du Seigneur, elle ne désire rien d'autre que la réalisation
de son projet. Elle qui est tout offerte, elle ne cherche pas à retenir son fils
pour elle-même, elle accueille chacun des événements qui le concernent comme un
dévoilement progressif de la mission de son fils. Marie n’a pas enfanté
simplement un corps dont Dieu avait besoin pour venir à nous, elle est la mère
de Dieu, sa maternité s’exerce sur la personne de son Fils, qui est divine, elle
est le chemin que Dieu, en personne, prend pour venir à nous.
L’écoute
attentive et la disponibilité radicale de Marie qui ont permis ce prodigue,
montrent comment sa maternité consiste à faire la volonté de Dieu. C’est en
faisant la volonté de Dieu qu’elle devient mère du Seigneur et c’est aussi par
la volonté du Seigneur de nous rejoindre qu’elle est devenue mère de Dieu. En
effet, en Jésus-Christ, Dieu ne veut pas seulement montrer qu’il est proche de
nous, il veut faire de nous ses fils.
Saint Paul nous enseigne dans la
deuxième lecture comment ce désir de Dieu nous unit alors à Marie. Le Père en
effet nous engendre par sa Parole toute-puissante qu’il prononce dans le souffle
de l’Esprit, comme il engendra son Fils unique dans le sein de la Pleine de
Grâce, la Vierge Immaculée. « Et voici la preuve que vous êtes des fils, nous
dit saint Paul : envoyé de Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos cœurs, et il
crie vers le Père en l’appelant “Abba !” ».
L’analogie entre
l’enfantement du Christ-Tête par l’action conjointe du Verbe et de l’Esprit dans
le Cœur Immaculé de Marie, et l’enfantement de son Corps par l’action des mêmes
Personnes divines dans le cœur des croyants, justifie que la liturgie de ce jour
place Marie au centre de la célébration ; non pas en lieu et place de Dieu dont
elle usurperait la position, mais comme celle que Dieu lui-même nous propose en
exemple afin de pouvoir pleinement l’accueillir, et « grandir en grâce et en
sagesse » sous son regard.
Nous célébrons donc Marie, avec joie et
reconnaissance, en ce qu’elle accueille d’une façon inconditionnelle la volonté
de Dieu et dans la manière dont elle veille sur la croissance de la vie de son
enfant divin. Nous la célébrons et nous lui demandons, puisqu’elle est la mère
de Dieu, d’être aussi la nôtre. Nous lui demandons de nous aider à établir en
nous ces dispositions envers l’Esprit de Dieu et à affiner notre attention à la
croissance de la vie divine en nous. Car, de la même façon que Marie est
attentive à chaque parole d’action de grâce des bergers pour ne rien perdre du
mystère qui vient de prendre corps, nous non plus, nous ne voulons rien laisser
perdre de la bénédiction de Dieu qui nous est faite en Jésus-Christ.
En
ce premier jour de l'année, demandons à la Vierge Marie qu'elle intercède pour
nous, afin que « le Seigneur fasse briller sur nous son visage, qu'il se penche
sur nous, qu'il tourne vers nous son visage et nous apporte la paix », selon la
Parole de Dieu donnée à Moïse dans la première lecture. Que nous passions chaque
jour de cette année en sa bénédiction, en lui permettant de nous découvrir sa
douce présence au cœur de nos vies, sous le regard bienveillant de Marie, Mère
de Dieu.
Frère Dominique
31 décembre 2006
Fête d la Sainte Famille
Sainte Famille
1 S 1, 20-22.24-28
Le
temps venu, Anne conçut et mit au monde un fils ; elle lui donna le nom de
Samuel (c'est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l'ai demandé au
Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour
offrir au Seigneur le sacrifice habituel et celui du voeu pour la naissance de
l'enfant. Anne, elle, n'y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l'enfant sera
sevré, je l'emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour
toujours. »
Lorsque Samuel eut été sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la
maison du Seigneur, à Silo ; elle avait pris avec elle un taureau de trois ans,
un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on
présenta l'enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon
seigneur, je t'en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se
tenait ici près de toi en priant le Seigneur. C'est pour obtenir cet enfant que
je priais, et le Seigneur me l'a donné en réponse à ma demande. A mon tour je le
donne au Seigneur. Il demeurera donné au Seigneur tous les jours de sa vie. »
Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.
Ps 83 (84), 3, 4,
5-6, 9-10
Mon âme s'épuise à désirer
les parvis du Seigneur ;
mon coeur et ma chair sont un cri
vers le Dieu vivant !
L'oiseau
lui-même s'est trouvé une maison,
et l'hirondelle, un nid pour abriter sa
couvée :
tes autels, Seigneur de l'univers,
mon Roi et mon Dieu !
Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore
!
Heureux les hommes dont tu est la force :
des chemins s'ouvrent dans
leur coeur !
Seigneur, Dieu de l'univers, entends ma prière ;
écoute,
Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton
messie.
1 Jn 3, 1-2.21-24
Mes Bien-aimés, voyez comme
il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons
appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas
nous connaître : puisqu'il n'a pas découvert Dieu. Bien-aimés, dès maintenant,
nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore
clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons
semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est.
Mes bien-aimés, si
notre coeur ne nous accuse pas, nous nous tenons avec assurance devant Dieu.
Tout ce que nous demandons à Dieu, il nous l'accorde, parce que nous sommes
fidèles à ses commandements, et que nous faisons ce qui lui plaît.
Or, voici
son commandement : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les
autres comme il nous l'a commandé. Et celui qui est fidèle à ses commandements
demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu'il demeure en nous,
puisqu'il nous a donné son Esprit.
Lc 2, 41-52
Chaque
année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand
il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s'en
retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que
ses parents s'en aperçoivent. Pensant qu'il était avec leurs compagnons de
route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents
et connaissances. Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à
le chercher.
C'est au bout de trois jours qu'ils le trouvèrent dans le
Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait
des questions, et tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur son intelligence
et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui
dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons
souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Il leur dit : « Comment se fait-il
que vous m'ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je
dois être. » Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.
Il descendit
avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans
son coeur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en
taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes.
Homélie
Trois jours
de recherche anxieuse, aboutissant à une découverte déconcertante, accompagnée
d’une parole énigmatique : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? »
N’est-il pas normal pour des parents de s’inquiéter de la disparition de leur
enfant ? « Ne le saviez-vous pas ? », insiste l’adolescent ; on a du mal à
imaginer Jésus faisant à ses parents le mauvais coup de disparaître sans rien
dire : il avait du les avertir de l’une ou l’autre manière, mais eux n’avaient «
pas compris ce qu’il leur disait : “C’est chez mon Père que je dois être” ».
Jésus enfant avait déjà révélé, par la parole et ses attitudes concrètes,
l’orientation fondamentale de toute sa vie : il vient d’auprès du Père, et c’est
vers lui qu’il retourne, entraînant à sa suite tous ceux qui aurons cru en lui,
c'est-à-dire tous ceux qui auront reconnu en lui le Bon Berger venu rassembler
les enfants dispersés de Dieu son Père, pour les introduire dans la demeure de
son Amour. Au matin de Pâque, au terme de trois jours de recherche angoissée,
une autre Marie s’entendra dire les mêmes paroles : « Ne me retiens pas, car je
ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur :
je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17).
Pourtant l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, n’a nullement l’intention de nous
quitter : tout en remontant vers le Père, le Ressuscité demeure avec nous « pour
toujours, jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). Les Anges de la résurrection
renvoient d’ailleurs les disciples en Galilée (Mt 28, 7), là où le Seigneur leur
avait donné rendez-vous avant d’entrer dans sa Passion ; mais eux non plus, «
n’avaient pas compris ce qu’il leur disait ». Le parallélisme entre les deux
situations est trop évident pour ne pas les mettre en relation : descendant avec
Marie et Joseph « pour rentrer avec eux en Galilée à Nazareth », l’Enfant Jésus
anticipe le parcours du Ressuscité. Le Fils unique élevé à la droite du Père,
descend habiter nos Nazareth pour apprendre à tous ceux qui « ont foi en lui »,
à vivre en fils et filles de Dieu ; car « le Père a voulu que nous soyons
appelés ses enfants - et nous le sommes » (2nd lect.). C’est dans nos Galilées
quotidiennes que par l’Esprit, le Christ nous apprend, jour après jour, à « nous
aimer les uns les autres, comme il nous l’a commandé » (Ibid.).
Or dans la
Bible, le couple et la famille sont le berceau de l’amour. Dès les origines, la
différence sexuelle est inscrite par Dieu au cœur de l’humanité afin que puisse
s’éveiller l’amour au cœur de l’homme et de la femme ; ils pourraient ainsi
pressentir le bonheur pour lequel le Seigneur les a créés et dont il espère
pouvoir les combler dans l’Esprit. Certes, le péché a mis en cause ce projet,
mais Dieu ne se laisse pas vaincre par le mal : en épousant la condition
humaine, il révèle l’archétype de toute relation nuptiale : « L’homme quittera
son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus
qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Eglise » (Ep
5, 31-32). Par sa croix, Jésus a réconcilié les hommes avec Dieu et leur a
ouvert à nouveau la voie du « bel amour » (Jean-Paul II) : dans l’Esprit Saint
qui est descendu sur eux au moment de la bénédiction nuptiale, les époux sont à
nouveau rendus capables de s’aimer d’un amour qui les sanctifie « puisqu’il leur
a donné son Esprit » (2ème lect.).
L’antienne d’ouverture de la liturgie de
la fête de la Sainte Famille nous le rappelle : « Les bergers vinrent en hâte,
et ils trouvèrent Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une crèche » ;
en naissant au sein d’une famille humaine, le Fils de Dieu a élevé celle-ci à
une extraordinaire dignité. Par ce choix, le Seigneur non seulement confirmait
le mariage comme « sacrement primordial » (Jean-Paul II), mais il l’intégrait
dans l’économie de l’Incarnation rédemptrice. A la lumière de la Sainte Famille
de Nazareth et du mystère de la Rédemption, le mariage est redevenu l’école où
le Père lui-même enseigne à ses enfants la logique de l’amour. « Heureux les
habitants de ta maison Seigneur : ils pourront te chanter encore ! (Ps
83).
Cette vision du mariage peut paraître bien idyllique, et par le fait
même peu réaliste. Mais la garantie de l’assistance de l’Esprit ne signifie en
rien que les épreuves soient épargnées aux époux chrétiens. Marie et Joseph
eurent largement leur part à porter comme nous pouvons le pressentir à travers
le récit relaté par l’Evangile de ce jour. Certes leurs épreuves ne furent sans
doute pas du même ordre que celles qu’ont à traverser nos familles chrétiennes
au cœur d’un monde qui met en cause l’institution familiale dont il ne reconnaît
plus le caractère sacré. Mais le Seigneur redit aujourd’hui à tous ceux qui font
la douloureuse expérience de l’impuissance et du désarroi devant la dérive de la
famille, au point de se sentir abandonnés par Dieu : « Comment se fait-il que
vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois
être ».
A travers ces paroles déconcertantes, Notre-Seigneur nous invite à
réorienter notre recherche : ce n’est probablement pas parmi « nos parents et
nos connaissances » que nous trouverons les encouragements que nous cherchons
pour pouvoir persévérer sur le droit chemin malgré les vents contraires ; mais
c’est dans le Temple de l’Eglise, à l’écoute de la Parole, que nous puiserons la
force de la fidélité : « Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins
s’ouvrent dans leur cœur » (Ps 83). Comme Marie, nous sommes invités à « garder
dans notre cœur tous ces événements », afin de grandir nous aussi, sinon en
taille, du moins « en sagesse et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes
».
« Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en
exemple ; mais tu sais combien de nos jours l’institution familiale est
malmenée. Accorde ta grâce aux époux chrétiens, afin qu’ils trouvent en toi la
force de pratiquer les vertus familiales qui fleurissaient à Nazareth. Qu’unis
ici bas par les liens de ton amour, ils se retrouvent un jour pour une éternité
de bonheur, dans la joie de ta maison » (cf. Or. d’ouvert.).
Père
Joseph-Marie
30 décembre 2006
Octave de Noël
Octave de Noël
1 Jn 2, 12-17
Je vous le
dis, mes petits enfants : « Vos péchés sont pardonnés à cause du nom de Jésus. »
Je vous le dis à vous, les plus anciens : « Vous connaissez celui qui existe
depuis le commencement. » Je vous le dis à vous, les plus jeunes : « Vous avez
vaincu le Mauvais. » Je vous l'ai dit à vous, mes enfants : « Vous connaissez le
Père. » Je vous l'ai dit à vous, les plus anciens : « Vous connaissez celui qui
existe depuis le commencement. » Je vous l'ai dit à vous, les plus jeunes : «
Vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous, vous avez vaincu le Mauvais.
»
N'ayez pas l'amour du monde, ni de ce qui est dans le monde. Si quelqu'un
aime le monde, il n'a pas en lui l'amour du Père. Tout ce qu'il y a dans le
monde - les désirs égoïstes de la nature humaine, les désirs du regard,
l'orgueil de la richesse - tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le
monde avec ses désirs est en train de disparaître. Mais celui qui fait la
volonté de Dieu demeure pour toujours.
Ps 95 (96), 7-8a, 8b-9,
10
Rendez au Seigneur, familles des peuples,
Rendez au Seigneur
la gloire et la puissance,
Rendez au Seigneur la gloire de son
nom.
Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis,
adorez le
Seigneur, éblouissant de sainteté :
tremblez devant lui, terre entière.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Le monde,
inébranlable, tient bon.
Il gouverne les peuples avec
droiture.
Lc 2, 36-40
Quand les parents de Jésus
vinrent le présenter au Temple, il y avait là une femme qui était prophète,
Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Demeurée veuve après sept ans de
mariage, elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne
s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
S'approchant d'eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait
de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de
Jérusalem.
Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du
Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L'enfant
grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était
sur lui.
Homélie
Après la
prophétie du vieillard Siméon, vient celle d’Anne, dont le nom signifie « Dieu
est miséricorde », fille de Phanuel - « Dieu est lumière » - de la tribu d’Aser,
c’est-à-dire « bonheur ». En déployant ainsi la signification des noms, on
comprend mieux que l’évangéliste se soit donné la peine de mentionner en détail
l’appartenance familiale de Anne. Et ce n’est pas tout : les 84 ans de cette
vénérable dame représentent probablement de manière symbolique le long temps
d’attente des 12 (8+4) tribus d’Israël, qui pleurent l’absence de l’Epoux après
que le péché les ait chassées de sa présence en Eden (7). Poursuivant notre
exercice, nous remarquerons que 7 fois 12 est égal à 84 : le temps de
l’accomplissement est enfin arrivé !
Par son assiduité au jeûne et à la
prière, Anne fait donc figure non seulement de la veuve parfaite (1 Tim 5, 5),
mais de l’humanité repentante qui s’est tournée vers Dieu dans le désir de sa
venue. Le ministère prophétique de ces deux vieillards dont les yeux déjà
s’éteignent, nous désigne Jésus comme la « lumière », la « miséricorde » et
comme promesse de « bonheur ». Telles sont les paroles d’espérance que le Père
adresse en son Fils, à tous ceux qui souffrent des ténèbres du péché et désirent
ardemment le salut que lui seul peut leur donner.
Au terme de sa vie,
relisant tout son cheminement avec le Seigneur Jésus pour en partager
l’essentiel avec les croyants, saint Jean synthétise son enseignement en
quelques traits qui explicitent l’accomplissement de ces trois paroles
prophétiques :
- Vous connaissez le Verbe lumière, qui existe depuis le
commencement ;
- Vous avez vaincu le Mauvais par la puissance de sa
miséricorde ;
- Vous connaissez le bonheur d’être enfants du Père et de vivre
de son Esprit.
Au milieu de toutes les vicissitudes de ce monde qui passe,
cette triple certitude - qui correspond aux trois vertus théologales - devrait
nous sauver de la tristesse et nous garder dans une vivante espérance, «
proclamant les louanges de Dieu, et annonçant la réalisation de la promesse à
tous ceux qui attendent la délivrance de Jérusalem ».
Le Seigneur ne nous
demande pas des choses extraordinaires : il les a lui-même accomplies pour nous
il y a deux mille ans !
Il nous demande seulement de rester fidèles à la
Parole de lumière qu’il nous a donnée pour qu’elle soit une lampe sur nos pas,
une lumière sur notre route.
Il nous exhorte au combat spirituel en
renonçant à « l’amour du monde et de ce qui est dans le monde », car « les
désirs égoïstes de la nature humaine, les désirs du regard, l’orgueil de la
richesse » sont incompatibles avec l’amour du Père.
Il nous encourage à
résister au Mauvais en comptant sur sa grâce, et à nous relever de nos chutes en
nous appuyant sur sa miséricorde.
Il nous invite à nous attacher fermement à
sa volonté, afin d’échapper aux séductions de « ce monde qui est en train de
disparaître », et de demeurer en lui dès à présent et pour toujours (cf. 1ère
lect.).
C’est ainsi que nous connaîtrons le bonheur de voir grandir et se
fortifier en nos cœurs l’enfant divin, dont le germe a été déposé en nous au
jour de notre baptême ; et la grâce de Dieu sera sur nous à jamais.
«
Donne-nous Seigneur de demeurer jour et nuit vigilants dans le Temple de notre
cœur où tu résides. Quelle que soit notre activité, que notre conscience demeure
éveillée en ta présence afin que nous soyons forts pour vaincre le Mauvais ; que
ta parole réside en nous pour nous montrer la route à suivre ; que ton Esprit
illumine nos âmes afin que nous puissions discerner et accomplir ta volonté en
toutes choses. Alors nous pourrons rendre à ton Nom la gloire et la puissance
qui lui reviennent et proclamer ta royauté universelle à toutes les nations (cf.
Ps 95) ».
Père Joseph-Marie












