17 février 2009
Qu'est-ce qu'un prêtre?
P. Scholtus : "Un
prêtre n'est pas une assistante sociale, mais un soldat de Dieu"
Le supérieur du Séminaire des Carmes, à Paris, imagine
pour « La Croix
L’autre nuit, j’ai fait un rêve, un
mauvais rêve, un cauchemar « négationniste » : Vatican II n’avait pas eu lieu !
la
Tradition
Voilà ce que m’explique, en songe, un jeune prélat qu’on m’a présenté comme le
plus éminent représentant de
Pour mon interlocuteur, les réformes n’ont jamais existé que dans la tête de
quelques « apostats idolâtres soupçonnés d’intelligence avec l’ennemi
judéo-maçonnique ». D’ailleurs, je dois en être puisqu’on m’a assigné à
résidence dans un endroit qui ressemble à un cloître. J’y vois passer des
ombres tonsurées. J’entends parler latin. Je ne sais pas ce qui m’attend.
Laxisme et démagogie
Je me retrouve devant un évêque que je ne
connais pas. Sur son bureau, la dernière édition du Nouvel Intransigeant
et un livre de Maurras passablement fatigué. Tout en jouant avec l’énorme
améthyste qu’il porte à l’annulaire droit, sur un ton d’onctueuse dureté, ce
dignitaire m’expose les motifs de ma relégation : l’insistance déplacée avec
laquelle j’aurais commenté dans mes prêches les Béatitudes et le Magnificat ;
mon amitié suspecte pour le rabbin Rosenstock et le pasteur Morel, et
l’imprudente proposition que j’ai faite de créer dans le diocèse des instances
de dialogue avec les incroyants, les musulmans, les scientifiques ; mon usage
abusif de la langue vernaculaire qui a fini par détourner les fidèles des
Mystères sacrés ; la manière irresponsable que j’ai eue de les inciter à « lire
les signes des temps », à s’exprimer et à débattre, à se former et à devenir
des chrétiens adultes.
Il m’a aussi accusé de laxisme et de démagogie : je manquerais particulièrement
de netteté dans la dénonciation, je laisserais penser que l’amour prime sur la
vérité, que la miséricorde vaut mieux que la loi. Il a fini par me dire : «
Sachez, Monsieur l’abbé, qu’un prêtre n’est pas une assistante sociale, mais un
soldat de Dieu. »
À ce moment, je me suis réveillé en sueur et en sursaut, heureux de n’avoir pas
eu le temps de me laisser intimider. Heureux surtout d’être là, en communion
avec l’Église que j’aime et que, si le Concile n’avait pas eu lieu, j’aurais
sans doute désertée, préférant me mêler aux effervescences du siècle plutôt que
d’avoir à moisir dans une Église-citadelle qui n’aurait aujourd’hui plus rien
d’autre à attendre que la visite des ethnologues et des folkloristes de l’École
des hautes études en sciences sociales. Si le deuxième concile du Vatican
n’avait pas eu lieu, j’aurais peut-être même été tenté de fomenter un schisme…
sans pouvoir espérer qu’une main me soit un jour tendue en vue de ma
réintégration.
Encore moins de vie, encore moins d’espérance
la Tradition.
Je
Une chose est sûre : s’il n’y avait pas eu un
Concile pour le désensabler, je n’aurais pas pu me baigner dans le fleuve
profond de
Des mots qui suffisent à faire comprendre que si le Concile n’avait pas eu
lieu, il y aurait sur cette terre encore moins de fraternité, encore moins de
vie, encore moins d’espérance. L’Église serait aujourd’hui coupable de manquer
à ce monde auquel elle est redevable de l’amitié de Dieu et de la lumière du
Christ.
Voilà, c’est dit. Mais plutôt que de devenir un intégriste de Vatican II, comme
nous y pousseraient insidieusement les traditionalistes, j’ai pris la
résolution de tenir le cap que je me suis fixé : être résolument un
contemporain. « Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau
de ténèbres qui provient de son temps. » La citation est de Giorgio Agamben, un
de ces philosophes incroyants d’autant plus dangereux qu’il a lu les Pères de
l’Église, et qui aurait eu toutes les chances d’être mis à l’Index… si Vatican
II n’avait pas eu lieu.
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P.
Robert SCHOLTUS |
10 mai 2008
Eteindre l'Esprit?
En ces jours de repos prolongé... avec Maurice Zundel essayons d'avancer sur la compréhension de l'Esprit Saint.
Je est un autre p 46-49 MauriceZundel
« Rien n’empêche d’admettre, dans cette perspective, que le Dieu intérieur, caché en nous, soit aussi le Dieu créateur, mais d’un univers qui, pour l’essentiel, n’est pas encore, d’un univers qui n’a pas encore atteint ses vraies dimensions, d’un univers jusqu’ici embryonnaire et qui ne pourra s’achever, en avant de nous, que si l’homme et les autres créatures douées d’intelligence, où qu’elles se trouvent (dans ce même univers), accomplissent leur vocation et ferment l’anneau d’or des fiançailles éternelles, en disant oui au Oui éternel qui est Dieu même.
Le Dieu intérieur, le Dieu sensible au cœur comme dit Pascal, est le seul vrai Dieu. Rien ne s’oppose à ce qu’il soit le créateur de tout l’univers, à condition de voir dans la création une histoire à deux, qui ne peut s’achever sans le concours des créatures intelligentes, parce que le sens même de l’univers est l’Amour. Et là où il y a refus, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert.
C’est pourquoi, finalement, la seule réponse adéquate au scandale du mal, c’est l’agonie et la crucifixion de Jésus Christ. C’est en lui, en effet, que s’exprime, comme un sacrement visible, cette mystérieuse fragilité de Dieu, qui est certes tout-puissant dans l’ordre de l’amour, qui peut tout ce que peut l’amour, mais qui ne peut rien de ce que ne peut l’amour. Il ne peut donc jamais nous contraindre, nous humilier, nous blesser, nous rejeter.
Il ne peut être, encore une fois, qu’un don éternellement offert. Et s’il en est ainsi, on peut concevoir que Dieu soit la première victime du mal. On peut même dire que plus le mal est scandaleux, plus il apparaît que Dieu est la première victime du mal.
Aussi bien, si l’on peut estimer, avec Malraux, que déshonorer l’homme et bafouer son inviolabilité est, dans la réalité de notre histoire, la pire agression et le mal absolu, c’est dans la mesure où l’on pressent que l’homme est le sanctuaire d’une Présence infinie, qui consacre sa dignité et fonde son inviolabilité.
Si le respect de l’homme doit s’imposer en nous, en effet, c’est précisément parce que, dans notre expérience, le destin de l’homme est inséparable du destin de Dieu : le règne de Dieu ne pouvant se réaliser concrètement que par le rayonnement de la Présence
Et c’est pourquoi il est vrai de dire qu’il n’y aurait pas de mal finalement, pas de mal absolu en tout cas, sans Dieu. C’est parce que Dieu est que le mal peut avoir ce visage monstrueux, insoutenable et scandaleux comme le viol d’une Valeur infinie. Aussi bien voyons-nous qu’à travers toutes les douleurs humaines, à travers les maladies, la folie, la mort même, la vie peut se récupérer et s’éclairer dans le rayonnement de l’amour, et il arrive en effet que ce soient précisément les infirmes, les être voués à la souffrance, qui donnent à la vie son visage le plus noble et le plus beau.
Mais lorsque la perversité triomphe, lorsque l’homme se déshonore ou déshonore les autres, en méprisant en soi ou en eux cette dignité incommensurable que lui communique la Présence
C’est sans doute la prise de conscience de cette identification de l’homme avec Dieu et de Dieu avec l’homme qui a provoqué dans une tradition mystique et liturgique du christianisme, une attitude de compassion envers Dieu : saint François d’Assise a pleuré près de vingt ans sur la Passion
Comment le comprendre, si ce plus parfait des chrétiens n’avait pas éprouvé que Dieu est victime en nous, par nous, pour nous ? Rien ne me paraît plus émouvant que cette ligne de spiritualité qui perçoit dans le mal, dans tout mal, une souffrance divine et qui s’efforce d’y remédier par un attachement d’autant plus grand à Dieu et à l’homme solidaire de Dieu. Aussi bien, qui a été plus compatissant que saint François pour les hommes, pour les animaux, pour toute la création, qui en a plus fraternellement ressenti la douleur, qui en a mieux chanté la résurrection ? Il n’y a aucun doute que cette méditation, aussi sommaire qu’elle soit, du mystère du mal nous amène à découvrir plus profondément le Dieu intérieur qui est la Vie
Le mal, comme le bien, a finalement une mesure infinie dont la croix est le symbole, la croix qui nous révèle l’immensité de la vie humaine, mesurée à la vie même de Dieu, immolée, pour elle. Comment ne pas comprendre, en face de la croix, que Dieu nous appelle à être des créateurs, qu’il ne peut, sans nous, transparaître dans notre histoire, que la création de l’univers est une histoire à deux, une histoire d’amour, qui ne peut s’achever que si nous achevons en nous notre propre création, en entrant pleinement dans le mariage d’amour qu’il veut contracter en nous.
En dehors de tout cri, si nous songeons dans le silence de nous-mêmes, que nous portons en nous une Présence, une Valeur infinie, et que c’est justement le fait de la méconnaître volontairement, en nous ou dans les autres, qui constitue le mal absolu, comme notre regard sur la vie en sera transformé !
Tous les maux finiraient par s’éclairer et par se résorber si nous évitions, si nous surmontions le mal suprême qui est, en même temps, le refus de nous faire homme et le refus, au moins implicite, de la Présence
08 avril 2007
Revêtir le Christ
Le frère Francis Marneffe, ancien prieur provincial de la Province dominicaine de France, a exercé de nombreuses charges au service de la formation des frères dominicains. Il vit au couvent de Lille, où il est sous-prieur. Il prêche des retraites et accompagne de nombreuses personnes.
Qui sommes-nous, nous chrétiens, quel est notre visage, notre physionomie propre, au coeur d'un monde où se déploient tant de forces religieuses si diverses, souvent si opposées, forces de vie et forces de mort ?
À cette question, une première réponse peut s'imposer dans sa simplicité, celle que saint Paul nous donne : « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Épître aux Galates 3,27-28) et c'est cela même qui nous distingue parmi tant d'autres, « nous avons revêtu le Christ ».
Mais que faut-il entendre par cette expression : « revêtir le Christ » ? Car il ne s'agit pas seulement d'une image. J'aimerais, avec vous, expliciter ce que signifie, pour nous chrétiens, cette identité nouvelle qui rejoint notre propre identité. Et cette identité nouvelle signifie, selon saint Paul, qu'il n'y ait plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, tous ne faisant qu'un dans le Christ. Sans aucun doute, cette identité apporte à notre vie un surplus de sens étonnant et nous confère la véritable liberté.
En effet, revêtir le Christ, c'est avoir une vie orientée grâce à une présence, celle de Jésus. Une présence acquise définitivement par la Résurrection. Or, cette présence oriente notre vie de façon caractéristique et la marque profondément en conformité avec le mystère de l'Incarnation, et la personnalité du Verbe fait chair.
Revêtir le Christ, c'est garder en mémoire la mort de Jésus, la mort de l'être le plus aimant et le plus aimé, car la Résurrection ne saurait masquer ni faire disparaître la Passion de Jésus, et cette mémoire de la mort de Jésus nous invite au véritable dessaisissement, source du véritable amour.
Revêtir le Christ, c'est entrer dans une tension, celle de la Résurrection : celle-ci nous permet de reconnaître et de mettre en oeuvre les trois pôles de la vie chrétienne : sanctifier le Nom du Père, accueillir le Royaume du Fils, accomplir la volonté de l'Esprit.
La Vie chrétienne : une Vie orientée
« Revêtir le Christ » ne change rien apparemment aux données courantes d'une vie humaine, mais c'est une vie qui a changé de sens parce que marquée par le bouleversement profond d'une rencontre, cette rencontre de Jésus qui instaure une mystérieuse et réelle présence.
Or, revêtir le Christ ne peut se faire instantanément : c'est de l'ordre d'une aventure, d'une vie en mouvement, donc une vie qui s'élance vers une direction donnée ; une vie qui s'invente au fur et à mesure, qui se découvre à chaque pas, mais les yeux fixés sur un terme qui l'attire toujours plus avant.
Un voyage, la vie chrétienne ? Oui, un voyage qui suppose comme la consultation d'une boussole afin de repérer les directions à prendre, et, à partir des objectifs à atteindre, de tracer le vrai chemin.
Et ce terme qui oriente notre marche en avant, c'est le Christ ressuscité, c'est Lui dont la présence crée en notre vie cette tension qui ne nous laisse pas en repos : une orientation, un voyage, une tension, qui définissent notre être chrétien.
Oui, la vie chrétienne est une vie orientée.
Orienter sa vie. C'est un peu comme lorsque nous entrons dans une cathédrale : quand nous avons franchi le porche d'entrée et que nous avançons vers le choeur, admirant l'élancement des voûtes et l'harmonie des colonnes, l'entrelacement des ogives, notre parcours est en fait orienté, puisque cet édifice chrétien est, selon l'antique coutume, construit vers l'Est. Et quand je me déplace vers l'abside, avec les transepts à gauche et à droite, je marche vers l'orient.
La vie du chrétien est une vie orientée du fait même de l'Incarnation : et c'est déjà ce que proclame la façon orientée de construire les églises chrétiennes. Certaines cathédrales, comme celle de Chartres, comportent même en leur centre un mystérieux labyrinthe, symbole d'une humanité cherchant désespérément une issue ou le sens de sa route. La présence de Jésus, du Verbe fait Chair, met fin à la course aveugle de l'Humanité : mystérieuse présence qui fait découvrir à chaque homme que son chemin est orienté et le mène vers Jérusalem, la véritable Jérusalem, la Jérusalem céleste.
Bien sûr, nos routes sont humaines, semées de difficultés multiples, de souffrances, d'erreurs, mais en les suivant et en affrontant leurs méandres et leurs virages, nous savons qu'elles débouchent sur un rendez-vous et une rencontre qui donnent son sens ultime à toute vie, la rencontre de Celui qui proclame : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».
La vie chrétienne est un voyage, elle est toujours à concevoir à la façon d'un exode vers un terme difficile à atteindre, avec de longues étapes, des stationnements où se vivent de grandes prises de conscience : mais il y a une boussole, que tient le Christ, et une cartographie qu'on peut identifier aux Béatitudes, à la Prière du Seigneur avec ses sept demandes, et aux lois paradoxales de l'Évangile. Il faut faire son chemin, souvent le découvrir, découvrir aussi les compagnons de cette route dont le témoignage contribue au juste discernement de notre orientation.
La vie chrétienne est orientée : lorsqu'on voyage et que l'on s'oriente, on laisse derrière soi l'un des quatre points cardinaux, le point de l'horizon d'où l'on vient, et l'on se dirige vers l'un des trois autres qui nous conduit vers la destination choisie. Dans le voyage de la vie chrétienne, il faut embrasser d'un seul coup les trois points cardinaux qui constituent les trois pôles dominants d'une vie revêtue du Christ, à travers nos occupations, nos recherches, nos activités, nos travaux, et la trame complexe de nos existences.
Et ces trois pôles correspondent aux trois premières demandes de la prière du Seigneur : Sanctifier le Nom du Père, accueillir le Royaume du Fils, accomplir leur volonté selon le souffle de l'Esprit. Il y a bien là trois aspects différents de ce qu'on peut appeler la sanctification propre à la vie chrétienne : la prière au Père dans l'adoration et l'amour, la relation au prochain vécue selon les béatitudes, le souci porté par l'Esprit de faire exister la volonté du Père dans l'Église et dans le monde.
Dans ce voyage, la cartographie est importante, tout autant que la boussole qui nous permet d'identifier les points cardinaux, ces pôles dominants de la vie chrétienne vers lesquels nous tendons. Cette cartographie, c'est avec l'Évangile que nous la découvrons et c'est de l'Évangile que nous recevons les repères qui nous permettent d'établir notre trajectoire.
Certes, le chrétien a conscience du message de l'Évangile, de ce qui constitue la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus, de ces lois évangéliques qui ont pacifiquement révolutionné le monde et en modifient le cours presque à son insu.
Pourtant, les chrétiens que nous sommes ont conscience de ce que l'Évangile s'applique d'abord à leur vie, de ce qu'ils doivent d'abord évangéliser leur vie et s'évangéliser eux-mêmes. Il s'agit de soumettre notre vie à l'emprise des trois pôles. C'est l'histoire toujours complexe de notre vie, à partir du moment où elle se revêt du Christ, à partir du moment où nous veillons à ce que l'Évangile qui a révolutionné le monde soit d'abord vécu.
Or, cette évangélisation suppose d'abord la prière : il faut que les trois demandes du Notre Père deviennent les trois pôles. Mais elles ne deviendront pôles que si les demandes sont formulées et adressées quotidiennement au Père par la prière.
La quotidienneté et la régularité de cette prière sont essentielles dans la vie du chrétien, parce qu'il y a un point de départ de cette évangélisation qu'il ne faut pas perdre de vue : la présence dans notre vie de Jésus, Verbe fait chair, du Fils de Dieu : c'est cette présence au coeur de l'Humanité qui donne à notre vie sa véritable orientation. Et ce n'est pas moins que le mystère de l'Incarnation.
La Vie chrétienne : se dessaisir pour aimer
Dans l'identité nouvelle du chrétien, il existe un trait caractéristique, permanent et assez surprenant : c'est la référence constante à la mort de Jésus dont on fait mémoire. Oui, il s'agit bien là d'une mémoire vivante et vivifiante, recommandée par Jésus lui-même : « Faites cela en mémoire de moi. » Quand nous proclamons que Jésus est ressuscité, et que ce cri remplit notre coeur de joie, nous n'oublions pas pour autant la mort de Jésus. La Résurrection de Jésus ne masque pas sa mort, elle n'a pas pour effet de l'effacer, elle ne la fait pas disparaître. Elle est évoquée là, et en quelque sorte réactualisée comme le fondement de notre foi, indissociable de la Résurrection.
Quand saint Paul fait le récit de la Cène dans la première épître aux Corinthiens, il conclut en disant : « Quand vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne » (11,26). On attendrait plutôt, de la part de l'Apôtre, l'annonce de la Résurrection, mais il précise d'abord : « Vous annoncez la mort du Seigneur », en soulignant ainsi l'importance de cette référence à la mort de Jésus. Bien sûr, celle-ci, dans l'évocation qu'on en fait, appelle déjà la Résurrection, mais nous ne pouvons y accéder que si nous nous remémorons la mort, et, curieux paradoxe, nous ne pouvons revêtir la vie du Christ que si nous avons en quelque sorte et d'abord revêtu sa mort.
Pour saint Paul, il s'agit bien d'une réalité, et non seulement d'une image, car dans l'épître aux Colossiens, après avoir dit aux chrétiens : « Vous êtes ressuscités », il leur dit avec la même intensité : « Vous êtes morts » et il ajoute : « Votre vie est cachée en Dieu avec le Christ... ». Il s'agit donc bien de revêtir en quelque sorte la mort de Jésus pour vivre et ressusciter avec Lui.
Pourquoi l'Apôtre - et d'une certaine façon l'enseignement du Nouveau Testament - accordent-t-ils une si grande place à la Passion et à la mort de Jésus ?
Une première raison, c'est que la Passion de Jésus naît toute entière de sa Passion pour le Père et pour l'humanité, une Passion animée d'une telle confiance que Jésus se remet tout entier entre les mains du Père et se livre aux mains des hommes. Il faut relire toute la Passion de Jésus à la lumière de son amour pour le Père et de sa volonté d'apporter le salut à toute l'humanité, de son immense désir d'entraîner la multitude à sa suite dans le même mouvement vers le Père et le même amour. C'est cet amour-là qui nous est en quelque sorte livré et accessible dans toute Eucharistie.
Une deuxième raison, c'est que la Passion de Jésus se vit pleinement à la mesure d'un dessaisissement radical, celui du don de sa vie, expression du plus grand amour. La traduction oecuménique de la Bible préfère à l'expression johannique « donner sa vie » celle de « se dessaisir de sa vie », qui insiste encore plus sur la conscience de ce qu'il faut donner, abandonner et renoncer pour aimer en vérité et aimer jusqu'au bout.
Une troisième raison, c'est que ce dessaisissement de la Passion est dans la ligne d'un autre dessaisissement que saint Paul évoque dans l'épître aux Philippiens, quand il nous dit que le Christ n'a pas retenu pour lui les privilèges de la divinité, littéralement, qu'il s'est dessaisi, « qu'il a desserré ses griffes » par rapport aux privilèges de la divinité. Et c'est bien ce que Jésus a vécu en assumant jusqu'au bout sa condition humaine, sans se prévaloir de sa condition divine, ni mettre en oeuvre les possibilités qu'elle lui donnait d'échapper aux supplices et à la mort.
Cette référence à la mort du Christ est capitale pour la vie orientée du chrétien. Car, comment annoncer cette mort sans mettre sa vie en adéquation avec cette annonce et tout ce qu'elle comporte et signifie ?
En effet, cette mort et l'importance qu'on lui accorde bouleversent le sens que nous pourrions spontanément donner à notre vie. Saint Paul l'a si bien compris que dans la première épître aux Corinthiens, il nous dit : « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, juifs et grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. »
Se référer à la mort de Jésus, cela signifie donc une approche radicalement différente de la puissance et de la sagesse de Dieu ; ce qui nous amène d'une façon ou d'une autre à modifier notre conception de la puissance et de la sagesse humaines.
À partir de la mort du Christ, notre vie chrétienne prend donc une orientation nouvelle et déconcertante qui qualifie de façon déterminante notre relation avec Dieu comme avec notre prochain.
La mort de Jésus a encore deux conséquences importantes dans notre situation de chrétiens dans le monde.
D'abord elle barre la route à toute aliénation, à toute évasion, et finalement à beaucoup d'utopies, à de fausses reconstructions du monde. Finalement, la mort du Christ demeure un scandale, et bien des enseignements de doctrine, voire des prédications, préfèrent la masquer pour ne mettre en valeur que la Résurrection ou d'autres aspects qu'on juge plus positifs.
Or, la mort de Jésus nous amène à considérer avec réalisme la condition humaine, à prendre en compte la nature humaine avec toutes ses composantes, même les plus abjectes, celles qui ont abouti d'une façon ou d'une autre à l'horreur de la Croix, de la crucifixion.
Aussi la Croix amène-t-elle une modification très profonde du rapport de Dieu avec le monde, et du rapport des hommes avec Dieu, comme l'a si bien compris le théologien allemand mis à mort par les nazis en 1945, Dietrich Bonhoeffer. La demande de l'homme ne peut plus être la même depuis que Dieu s'est engagé dans son Fils en renonçant jusqu'au bout à toutes les prérogatives divines et d'une certaine façon à sa toute Puissance et l'a livré au monde sans aucun secours ni intervention au point que celui-ci ait pu s'écrier: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Toute demande de l'homme est désormais fondée sur la priorité du Royaume qui est le bienfait par excellence que Dieu peut accorder à l'humanité et auquel tous peuvent contribuer, à partir de l'oeuvre de son Fils qui est en même temps l'oeuvre du Père, ce Royaume qui est confié aux disciples de Jésus ainsi qu'à tous les hommes de bonne volonté qui participent à l'esprit de l'Évangile.
Or, être revêtu de la mort de Jésus, cela doit signifier aussi pour ses disciples de reposer le même acte de foi que Jésus sur la Croix, entre autres lorsque la persécution ne leur laisse plus aucun espoir humain et les amène à se remettre entre les mains du Père dans une confiance vécue jusqu'au bout, comme on peut le penser pour les moines de Tibhirine, égorgés en Algérie, en 1996.
Une deuxième conséquence importante de la mort de Jésus, toujours dans la ligne du réalisme qu'elle souligne, c'est l'intégration de la souffrance dans le plan de Dieu. D'abord, la mort de Jésus et son oeuvre de salut n'ont pas supprimé la souffrance ni la mort. Mais on peut dire avec Blaise Pascal : « Dieu n'a pas supprimé la souffrance, il l'a remplie de sa Présence. » Ce qui veut dire que la souffrance peut désormais avoir un sens depuis que le Christ l'a assumée sur la Croix.
Cette prise en charge de la souffrance humaine par Dieu à travers le supplice et la mort de Jésus donne à cette souffrance une portée et une valeur qu'elles n'avaient peut-être pas avant. En tout cas, le disciple de Jésus ne peut pas ne pas être sensible à l'existence et à la permanence de la souffrance, de la détresse dans le monde.
En particulier, il est attentif à ce qu'elles signifient et à la lutte qu'il faut engager et soutenir contre toutes les causes de ces malheurs qui affligent l'humanité. On retrouve là le même comportement et le même réflexe que dans l'Exode, lorsque Dieu dit à Moïse : « Je vois la misère de mon peuple, j'entends les cris que lui arrachent les surveillants. » En un mot, Dieu se révèle à Moïse comme celui qui n'est pas insensible à la douleur de son peuple, et cette sensibilité l'incite à intervenir pour arracher ce peuple à la dure servitude des Égyptiens et le faire accéder à la liberté.
Les prophètes ont pris le relais du Dieu de Moïse, dénonçant toutes les injustices et s'élevant contre tous ceux qui osent « broyer le visage des pauvres ». Jésus, à travers ses enseignements sur les riches et les pauvres comme par tout son comportement et les conseils donnés à ceux qui voulaient le suivre, a porté à son apogée le mouvement et la spiritualité des pauvres du Seigneur. Et il a rassemblé dans le mystère de la Croix les formes extrêmes de la pauvreté, du dessaisissement, du dépouillement et de la souffrance. Il a posé ainsi dans le monde une question qui appelle la réponse de tous ceux qui se veulent ses disciples ainsi que de tous les hommes de bonne volonté.
Face au mal dans le monde, les disciples de Jésus ont souvent joué le rôle de veilleurs. Comme l'Abbé Pierre en notre temps, ils se sont chargés d'alerter et de sensibiliser l'opinion et d'engager un combat contre toute cause de détresse : n'y a-t-il pas là un devoir de vigilance qui s'inspire directement de la Passion de Jésus, de ce fait étonnant que le Fils de Dieu ait accepté de devenir objet de mépris pour libérer l'humanité de toutes les formes de servitudes ?
Cette forme d'attention à toute réalité de souffrance, de douleur, d'oppression, de servitude est bien une des conséquences de la mort de Jésus, de cette mort que doit en quelque sorte revêtir le disciple. Et cette attention privilégiée à toute détresse appelle l'exercice de la charité telle qu'elle est décrite par Benoît XVI dans son encyclique Deus est caritas.
Cette sensibilité de Dieu à l'égard de toute détresse a pris chair dans le coeur des prophètes, puis dans le coeur de Jésus, et elle est maintenant portée dans le coeur des disciples, héritiers de l'Évangile et de la Croix. Cette souffrance dans le monde ne doit-elle pas être lue et ressentie comme l'accomplissement mystérieux de l'agonie et de la mort de Jésus ? Ceci justifie bien le mot de Pascal, dans la conscience vive de ce mal du monde interpellé par la Croix du Christ et suscitant l'attention et l'action des chrétiens : « Jésus-Christ est en agonie jusqu'à la fin du monde et il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. »
C'est donc bien, me semble-t-il, cette référence quotidienne à la mort de Jésus que le chrétien vit tant à partir de son baptême que par la célébration de l'Eucharistie, et c'est là qu'il puise le secret de son amour pour le Père, pour Jésus, pour l'humanité, pour le monde, et d'abord pour son prochain le plus proche.
La Vie chrétienne : Tension vers la Résurrection
Revêtir le Christ, c'est avoir une vie orientée par ce surplus de sens que nous apporte la présence de Jésus, c'est ressaisir toute la signification de la mort du Christ dans notre vie, dans l'Église et dans le monde, mais c'est encore, à partir de la mort de Jésus, entrer dans une tension, une tension créée par la Résurrection.
La Résurrection ne s'impose dans nos vies que progressivement, à la façon dont les apôtres l'ont eux-mêmes découverte et admise comme un fait surprenant constaté dans les jours qui ont suivi la mort de Jésus avant d'y croire vraiment et d'adhérer pleinement à ce mystère. Pour nous aussi, la foi va d'abord découvrir la Résurrection comme un fait, avant de la découvrir comme une puissance à l'oeuvre dans nos vies.
D'abord, nous croyons à la Résurrection comme à un fait qui a eu lieu. Ce que le monde refuse comme une impossibilité, de revenir de la mort à une vie nouvelle, nous savons, nous, chrétiens, que cela a eu lieu pour une personne unique dans l'histoire : à savoir, Jésus de Nazareth. Et en même temps que nous acclamons le Christ ressuscité, nous savons que quelque chose d'important et de radical s'est produit dans notre univers. Dans la même ligne ouverte par la présence de l'Incarnation, et confirmée par le don de la Passion, la Résurrection a changé l'orientation et le sens du Monde : celui-ci n'évolue plus de façon systématique et cyclique, il n'est plus un perpétuel recommencement : le monde, notre monde est en marche mystérieusement et réellement vers la manifestation de la gloire de celui qui est ressuscité.
Nous croyons donc à la Résurrection comme à un fait établi à partir du tombeau vide et du témoignage des apôtres. C'est ensuite progressivement que nous découvrons la Résurrection comme une puissance à l'oeuvre dans notre vie. C'est ce que saint Paul, de façon saisissante, nous fait comprendre, dans le passage déjà cité de l'épître aux Colossiens, quand il nous déclare en deux temps : « Vous êtes ressuscités avec le Christ », puis : « Vous êtes morts avec Lui ».
Qu'est-ce que cela veut dire ? Sinon que nous entrons dans une tension vers la Résurrection, tension qui n'existe que dans la mesure où j'ai pleinement accepté et intégré dans ma vie la Passion de Jésus comme expression absolue de foi et d'amour, comme sacrifice et source du salut. Et c'est cela même que nous célébrons dans chaque Eucharistie, en même temps que chaque Eucharistie nous fait entrer de façon voilée dans le temps de la Résurrection sans jamais nous masquer la réalité prégnante de la Mort de Jésus. Selon le mot de Pascal : « Le Christ ressuscité ne se laisse toucher que par ses plaies. »
Et progressivement, en chaque Eucharistie, la Résurrection prend possession de nous, déposant en nous son germe fécond, le don de l'Esprit, et mettant en oeuvre cette vie nouvelle vraiment issue de la mort et de la Résurrection de Jésus : cette vie nouvelle que nous portons en nous et qui nous porte, nous aussi, vers la manifestation mystérieuse du Christ dans sa gloire. Rappelons l'extraordinaire affirmation de saint Paul pour caractériser cette vie nouvelle : « Votre vie - [celle qui vient de la Résurrection] - reste cachée avec Lui - [le Ressuscité] - en Dieu, jusqu'à ce que le Christ apparaisse en pleine gloire. »
Et cette Résurrection, à partir de son germe fécond, ouvre en nous plusieurs espaces, et d'abord, un espace de désir, de tension, de recherche active, que saint Paul nous exprime ainsi : « Recherchez donc les réalités d'en haut : c'est là qu'est le Christ, le Ressuscité, assis à la droite de Dieu. Tendez vers les réalités d'en haut. » La voilà, cette tension vers la Résurrection, avec cette distance qui fait que nous ne la possédons pas en plénitude, mais que nous nous familiarisons avec elle progressivement.
Et c'est ainsi qu'en ouvrant un espace de désir et de recherche, la Résurrection nous incite à hâter l'accomplissement en nous des trois pôles dominants de la vie chrétienne : la sanctification du Nom, l'avènement du Règne, la réalisation de la Volonté du Père. Et ces trois pôles aboutissent au même effet : à cette certitude que la Vie est désormais plus forte que la mort : toutes les activités par lesquelles nous inclinons notre vie dans le sens de l'amour manifestent cette victoire de la vie. Paradoxalement, c'est la Résurrection qui nous donne de revêtir la mort du Christ, jusqu'au bout, en suivant le modèle qu'il nous a laissé : aimer jusqu'au don de sa propre vie.
Revêtir le Christ en sa Résurrection, revêtir la Résurrection du Christ, c'est bien la caractéristique essentielle et terminale de la vie chrétienne, qui résulte d'une lente et progressive imprégnation de notre existence par la Résurrection. Il en résulte aussi que notre vie tend vers cette présence du Ressuscité, avec un attrait, une attraction puissante vers Celui qui est glorifié.
Cette imprégnation comme cette attraction qui sont liées à la Résurrection sont en fait le fruit de la présence et de l'activité de l'Esprit Saint, de cet Esprit que nous envoient le Père et le Fils. Cet Esprit nous fait communier à la vie filiale et trinitaire du Fils et c'est bien lui, avec sa présence et son activité spécifiques, qui nous permet de revêtir le Christ.
Ce lien intime, cette corrélation entre la présence de Jésus glorifié au sein de la Divinité et sa présence par le don de l'Esprit Saint au coeur de chacun de ses disciples, comme au coeur de l'Humanité, nous donne une liberté prodigieuse et c'est le véritable fondement de la liberté et de la créativité du chrétien dans ses divers engagements.
C'est par cette présence et le travail intime de l'Esprit du Christ ressuscité en nos vies que s'ouvrent encore devant nous d'autres espaces.
Un espace de prière, d'action de grâce et de demande, visant l'accomplissement en nous des trois pôles dominants de la vie chrétienne. Revêtir le Christ passe nécessairement par ces temps et ces lieux de prière, même si l'authenticité de cette prière ne trouve sa vérification décisive que dans la relation au prochain, ce que le Christ ne cesse de rappeler dès qu'il parle de la prière.
Il faut encore que s'ouvre, sous l'inspiration de l'Esprit, l'espace de la charité qui mesure le véritable aboutissement des trois demandes adressées au Père, la sanctification de son Nom, l'avènement de son Règne et la réalisation de sa volonté.
Bien sûr, l'espace essentiel de la vie chrétienne, qui nous donne vraiment notre orientation, c'est celui des Béatitudes : elles sont dans notre vie le fruit de la présence du Verbe fait chair ; elles expriment le dessaisissement de la Passion de Jésus, ce dessaisissement que nous avons à vivre par rapport à toutes ces violences qui habitent le coeur de l'homme ; elles livrent le vrai secret et l'ultime sens de la Résurrection de Jésus : la victoire de l'amour et l'avènement possible de la Paix.
Revêtir le Christ, c'est bien là l'identité nouvelle des chrétiens que nous sommes, et chacun dans la singularité de sa vie doit traduire et exprimer cette identité en rapport avec la mystérieuse identité du Fils de l'Homme, du Verbe fait chair. Et si ce rapport est véritable, nous devons laisser transparaître ce Christ que avons revêtu, et révéler ainsi son visage qui n'est autre que celui des Béatitudes : C'est alors que progressivement, sous l'emprise de la Résurrection de Jésus, « il n'y a ni juif ni grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. »
07 avril 2007
Samedi Saint
« Que se passe-t-il ?
Un grand silence règne aujourd’hui sur la terre,
un
grand silence et une grande solitude.
Un grand silence parce que le Roi
dort.
La terre a tremblé et s’est apaisée,
parce que Dieu s’est endormi
dans la chair
et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des
siècles.
Il va chercher Adam, notre premier Père, la brebis perdue.
Il
veut aller visiter tous ceux qui sont assis
dans les ténèbres et à l’ombre de
la mort.
Il va pour délivrer de leurs douleurs Adam dans les liens et Eve,
captive avec lui,
lui qui est en même temps leur Dieu et leur Fils.
Le
Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la Croix, l’arme de sa
victoire.
Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine
dans sa stupeur,
s’écria vers tous les autres : « Mon Seigneur avec nous tous
! »
Et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton esprit ».
Il le prend par
la main et le relève en disant :
« Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi
d’entre les morts,
et le Christ t’illuminera ».
« Je suis ton Dieu, qui
pour toi suis devenu ton Fils.
Je te l’ordonne : “Lève-toi, ô toi qui dors”,
car je ne t’ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans
l’enfer.
Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des
morts.
Lève-toi, œuvre de mes mains ;
lève-toi, mon semblable qui as été
créé à mon image.
Eveille-toi et sortons d’ici.
Car tu es en moi, et moi
en toi.
Lève-toi, partons d’ici.
L’ennemi t’a fait sortir de la terre du
paradis ;
moi je ne t’installerai plus dans le paradis, mais sur un trône
céleste.
Je t’ai écarté de l’arbre symbolique de la vie ;
mais voici que
moi, qui suis la vie, je ne fais qu’un avec toi ».
ANCIENNE HOMELIE
POUR LE SAMEDI SAINT
23 mars 2007
Jésus et les femmes 1
Dans l'Ancien Testament, beaucoup de choses sont dites sur les
femmes. On a parlé de leur beauté, de leur force morale, de leur roublardise
parfois. On insiste toujours sur leur présence ! Présence face à la loi,
présence bien vivante dans le quotidien, présence qui infléchit l'histoire de
leur peuple.
Les femmes ont toujours une grande présence dans l'Évangile. Marie
est par excellence cette présence féminine, discrète et souvent silencieuse
mais d'une immense attention. Elle est le modèle même de la femme et de la
mère : celle qui aime jusqu'à l'extrême. Il y a aussi tout l'entourage
féminin de Jésus, de nombreuses femmes, guéries par lui d'esprits mauvais et de
maladies : Marie Madeleine, Jeanne, Suzanne, sont dévouées au service de Jésus
et l'assistent, ainsi que ses disciples, avec leurs propres biens. (Lc 8,1-3)
« Ensuite Jésus passait à
travers villes et villages, proclamant la Bonne Nouvelle
Au delà de ces proches, il y a encore toutes les femmes que Jésus
rencontre, qui restent anonymes dans l'évangile, dont on nous dit que certaines
n'ont pas hésité à braver les règles du moment pour apercevoir cet homme,
goûter ses paroles, et parfois même le toucher.
L'Évangile, à la différence de l'Ancien Testament, ne met pas en avant la beauté exceptionnelle de certaines femmes dont il parle. Dans l'Évangile, les femmes ont un petit air de madame `Tout le monde' assez sympathique qui permet à toute femme de se reconnaître dans ce qui leur arrive. Leur caractère commun les rend universelles.
Trois points essentiels différencient ces femmes de celles de l'Ancien Testament :
Dans l'Ancien Testament, les femmes
« savent » qu'aucune créature ne peut vivre si elle voit Dieu. (Ex,
33,22-23)
«
Quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et je
t'abriterai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé. Puis je retirerai ma main, et tu me verras de
dos, mais mon visage, personne ne peut le voir. »
Dans l'Ancien Testament, certaines femmes accomplissent une action
d'éclat : on peut penser à Déborah, à Judith, à Esther. Rébecca, à sa
manière rusée, parvient à infléchir la transmission de la bénédiction
patriarcale et joue ainsi un rôle déterminant.
Dans le l'Évangile, elles ne font pas la loi chez elles, elles
subissent le plus souvent l'injustice.
Dans l'Ancien Testament, les femmes craignent Dieu, le « Dieu
de leurs Pères », fort, puissant, mais inaccessible.
Dans l'Évangile, les femmes « craignent » Dieu elles aussi, mais de cette crainte amour qui leur donne toutes les audaces : non seulement elles voient Dieu, sans le savoir, mais plus encore elles dépassent les limites de la loi, en le touchant personnellement en lui lavant les pieds ou, indirectement, en effleurant son manteau, ce qui revient au même puisqu'il sent bien qu'une force est sortie de lui.
A quoi sont dues ces différences ? Comment expliquer un tel renversement ?
Françoise Dubost Les femmes dans la Bible
10 mars 2007
La gloire de Dieu
"Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu. Si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu" (S.Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 20, 7)
La liberté glorieuse des enfants de Dieu
Dieu n'a pas créé « le meilleur des mondes », justement parce que nous ne sommes pas faits pour l'ordre du monde, aussi, si notre vie s'éternisait dans « le meilleur des mondes », même celui-ci serait pour nous un enfer, puisque nous n'y verrions pas Dieu, qui est notre seule fin ultime. Dieu a donc voulu un monde adapté à la contingence de personnes libres créées en chemin vers Lui et, dans le cas de l'homme qui est un esprit incarné, marchant à travers le hasard et l'inachèvement de la matière, cette part de chaos que comporte le monde matériel (le « tohu-bohu »de Gn 1, 2). Ce monde a suffisamment d'imperfection pour appeler un achèvement et un dépassement qui ne peut se faire qu'à travers la liberté des hommes dans l'ordre de la justice et de l'amour. Ce dernier transcende la création matérielle, parce qu'il relève ultimement du Royaume de Dieu..
04 janvier 2007
Le jugement dernier
merci Thierry pour cette image trouvée sur ton blog
"Au jugement dernier le Christ dira à une foule de
justes qui ne l'avaient cependant pas reconnu par la foi durant leur vie :
« Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que
vous l'avez fait » (Mt 25, 40). Mais, prenons garde, seule une Église
forte dans sa foi peut reconnaître cette présence invisible de son Mystère à
l'œuvre dans l'humanité sans s'y dissoudre dans la sécularisation et perdre,
avec le sens de l'évangélisation, son caractère de sacrement du salut pour tous
les hommes."
Reconnaître la présence du Mystère invisible de l'Eglise à l'oeuvre dans l'humanité telle est ma foi... Il n'y a plus à se dire dans l'Eglise ou hors de l'Eglise mais seulement de se faire guetteur et veilleur de tout ce qui advient d'Amour dans notre monde. l'Esprit souffle là où il veut ... et pas seulement dans l'Eglise visible.
02 janvier 2007
La gloire de Dieu
"Car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu. Si déjà la révélation de Dieu par la création procura la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu"(S. Irénée de Lyon, Contre les hérésies IV, 20, 7).
01 janvier 2007
un commencement
Qui avance vers Dieu va d'un commencement à un autre
commencement. Seras-tu de ceux qui osent se dire : « Recommence ! Quitte le
découragement ! Que ton âme vive ! »
Tiré du livre :
En tout la paix du cœur
de frère Roger, de
Taizé
Les Presses de Taizé







